The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Nous estions environ ces Açores le mardy de Pasques, quand nous
voicy en prouë notre ennemy conjuré, l'Ouest, avec telle furie et
opiniastreté, que peu s'en fallut que nous ne perissions. De huict
jours entiers, il ne nous donna relasche, adjoustant à sa malice le
froid et souvent la pluie ou la neige.
Naviger en ce traject de la Nouvelle-France, si dangereux et si
aspre, principalement en petits vaisseaux et mal munitionnez, est un
sommaire de toutes les miseres de la vie. Nous n'avions repos ni [16]
jour ni nuict. Si nous pensions prendre nostre refection, nostre plat
subitement eschappoit contre la tête de quelqu'un; un autre tomboit
sour nous, et nous contre quelque coffre, et tourneboulions avec
d'autres pareillement renversez; nostre tasse se versoit sur nostre
lict, et le bidon dans nostre seing, ou bien un coup de mer mandoit
nostre plat.
Monsieur de Biancourt m'honoroit de tant, que je couchois dans sa
chambre. Une belle nuict ainsy qu'estant au lict nous pensions prendre
quelque repos, voicy qu'un gentil et hardy coup de mer qui faussa
les fermetures de la fenestre, la rompt et nous vient couvrir bien
hautement; autant en eusmes nous une autre fois de jour. En outre,
le froid estoit si violent, et l'a esté plus de six semaines durant,
qu'à peine nous sentions nous d'engourdissement et de gel. Le bon Père
Masse a pati beaucoup. Il a demeuré quelques quarante jours malade sans
manger que bien peu, et quasi sans bouger du lict; encore vouloit-il
jeusner avec tout cela. Après Pasque, il meliora tousjours, Dieu mercy
de plus en plus. Pour moy, j'estois gaillard, quand mesme plusieurs des
matelots se rendoient, et la Dieu grâce, je n'ay jamais tenu le lict
pour mal que j'eusse.
Eschappés des tourmentes, nous entrasmes dans les glaces sur les Açores
du banc, degrez du nort 46. Aucunes des glaces sembloient des isles,
autres [17] des petits bourgs, autres des grandes églises ou dômes bien
haults, ou superbes chasteaux: toutes flottoient. Pour les esviter,
nous prismes au sud; mais ce fut tomber, comme l'on dict, de Charybdis
en Sylla, car de ces haults rochers, nous tombasmes en un pavé de
basse glace, la mer en estant toute couverte autant que la vue pouvoit
porter. Nous ne savions en passer; et n'eust esté la hardiesse de M. de
Biancourt, nos mariniers demeuroient sans expedient; mais il fit passer
outre, non obstant le murmure de plusieurs, par où la glace estoit plus
rare, et Dieu, par sa bonté, nous assista.
Le 5 de may, nous descendismes à Campceau, et eusmes le moyen d'y
celebrer la sainte messe après tant de temps, et nous sustenter de
ce pain qui nourit sans deffaut, et console sans fin. Depuis, nous
costoyames terre jusqu'à Port-Royal, et y sommes arrivés à bons et
heureux auspices le saint jour de Pencoste de bon matin, sçavoir est
le 22 de may,[V.] jour auquel le soleil entre dans les Iumeaux. Nostre
voyage avoit duré quatre mois.
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