The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Il n'est possible d'exprimer l'ayse que reçurent de nostre arrivée
Monsieur de Potrincourt et les siens, lesquels, durant tout cet hyver,
se trouvèrent [18] en de très-grandes necessités, comme je vous vais
declarer.
Monsieur de Potrincourt avoit accompagné son fils revenant en France
sur la fin de juillet 1610, et y estoit venu jusques au port Saint
Iean,[VI.] autrement dict Chachippé, distant du Port-Royal 70 lieuës
est et sud. Revenant et ayant redoublé le Cap de Sable, se trouvant en
la baye courante, accablé de fatigues, il fut contraint de ceder le
gouvernail pour un peu dormir, donnant mandement à celuy qui succedoit
de suivre toujours terre, jusqu'au plus profond de la Baye. Ce
successeur, ne sçay pourquoy, ne suyvit pas le commandement, ains peu
de temps après changea, et abandonna terre.
Le Sauvage Membertou, qui suyvoit dans sa chaloupe, fut estonné
de cette route; néanmoins, n'en sçachant pas la cause, n'en imita
pas l'exemple, et si n'en dit rien. Aussi arriva-t-il bientost à
Port-Royal, là où M. de Potrincour erra par six semaines en danger de
se perdre; car le bon seigneur, s'estant esveillé, fut bien esbahy de
se veoir en pleine mer, à perte de terre, dans une chaloupe. Il avait
beau regarder son cadran, car ne sçachant [19] quelle route son gentil
gouverneur avoit tenué, il ne pouvoit deviner ni où il estoit, ni où
il convenoit addresser. Un autre mal, sa chaloupe ne pouvoit aller à
la boline,[VII.] ayant esté, ne scay comment, brisée par les flancs.
Ainsi, voulust-il ou non, il estoit necessité à prendre toujours vent
derriere.
Un tiers inconvenient et grief: ils n'avoient de vivres. Néantmoins,
c'est une homme qui ne se rend pas facilement, et bonheur l'accompagne.
Donc, en cette perplexité de route, il se determina heureusement de
prendre au nord, et Dieu lui envoya ce qu'il souhaitoit, un favorable
Sud. Contre le mal de la faim, sa prudence luy servit; car il avoit
chassé et gardé certain nombre de cormorans.[VIII.] Mais quel moyen
de les rôtir en une chaloupe, pour les manger et garder? De bonne
fortune, il se trouva avoir quelque planche, sur laquelle il dressa
un foyer, et ainsi rotit son gibier, à l'ayde duquel il arriva à
Pentegouët, anciennement la Norembegue, et de là aux Etechemins, puis à
l'embouscheure du Port-Royal, où, par desastre, il pensa faire naufrage.
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