The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Il faisoit obscur quand il se trouva en cette entrée, et ses gens
commencerent à lui, contredire, [20] niant assurément que ce fust
l'embouscheure du Port-Royal. Luy ouït volontiers les opinions de ses
gens, et malheur qu'encore les suyvit-il, et aynsi prenant en bas de la
Baye Françoise, il s'en alla roder bien loing à la mercy des vents et
des marées. Cependant ses gens estoient bien en peine au Port-Royal, et
jà quasi tenoient-ils pour tout assuré qu'il fust peri; à cela aydoit
le sauvage Membertou, qui affirmoit luy avoir veu prendre vers la mer à
perte de vuë; d'où l'on inferoit, comme l'on croit autant facilement ce
que l'on craint comme ce que l'on ayme, que puisque tels ou tels vents
avoient régné, il estoit impossible qu'avec une chaloupe, il eust peu
eschapper. Et jà traitoit-on du retour en France. Or bien esbahis, et
ensemble bien joyeux furent-ils, quand ils virent leur Thésée, revenu
de l'autre monde; ce fut six semaines après son depart, au même temps
que M. de Biancourt arrivoit en France, le retour duquel estoit attendu
à Port-Royal pour tout Novembre de la même annèe 1610. Mais on fut
bien estonné, quand non seulement on ne le vit pas à Noël, mais aussi
on perdit espérance, à cause de l'hiver, de le revoir avant la fin
d'apvril ensuivant.
Cette fut raison pour quoy on se retrancha de vivres; mais ce
retranchement profitoit peu, d'autant que le Sieur de Potrincourt ne
rabattoit rien [21] de ses libéralités vers les Sauvages, craingnant
les aliener de la foy chrestienne. C'est un seigneur vrayment liberal
et magnanime, mesprisant toute recompense des biens qu'il leur fait;
de maniere que les Sauvages, quand par fois on leur demande pourquoy
ils ne lui redonnent quelque chose pour tant de biens qu'il leur faict,
ont de coustumes de respondre malitieusement: _Endries ninan metaij
Sagamo_: c'est-à-dire, Monsieur ne se soucie point de nos peaux de
castor. Néantmoins ils envoyoient par fois quelques pieces d'orignac,
qui aydoyent à toujours gagner le temps. Or, bon moyen pour espargner,
voicy que, l'hyver venu, leur moulin se glace, et n'y avoit moyen de
faire farine. Bon pour eux, qu'ils trouverent provision de pois et
febves; cette fut leur manne et ambroisie sept semaines durant.
Là estoit venu Apvril, mais non pas le navire, et lors le moulin eut
beau se glacer, car aussi bien n'y avoit-il rien pour la tremye. Que
fera-on? la faim est un meschant mal. On se met à pescher sur eau, et
fouiller soubs terre: sur eau, on eut des esplans et du harang; soubs
terre, on trouva de fort bonnes racines, qu'on appelle _chiqueli_, et
abondent fort en de certains endroits.
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