de ioüyr pleinement des témoignages ardens de vostre passion; ie
m’apperceuois trop agreablement que i’estois auec vous pour penser
que vous seriez vn iour éloigné de moy: ie me souuiens pourtant de
vous auoir dit quelquefois que vous me rendriez malheureuse: mais ces
frayeurs estoient bien-tost dissipées, & ie prenois plaisir, à vous
les sacrifier, & à m’abandonner à l’enchantement, & à la mauuaise foy
de vos protestations: ie voy bien le remede à tous mes maux, & i’en
ferois bien-tost déliurée si ie ne vous aymois plus: mais, helas! quel
remède; non i’ayme mieux souffrir encore dauantage, que vous oublier.
Helas! cela dépend il de moy? Ie ne puis me reprocher d’auoir souhaité
vn seul moment de ne vous plus aymer: vous estes plus à plaindre;
que je ne suis, & il vaut mieux souffrir tout ce que je souffre, que
de ioüir des plaisirs languisans, que vous donnent vos Maitresses de
France: ie n’enuie point vostre indifference, & vous me faites pitié:
Ie vous défie de m’oublier entierement: Ie me flatte de vous auoir mis
en estat de n’auoir sans moy, que des plaisirs imparfaits, & ie suis
plus heureuse que vous, puisque ie suis plus occupée. L’on m’a fait
depuis peu Portiere en ce Conuent: tous ceux qui me parlent, croyent
que ie sois fole, ie ne sçay ce que ie leur répons: Et il faut que les
Religieuses soyent aussi insensées que moy, pour m’auoir crû capable
de quelque soin. Ah! i’enuie le bon-heur d’Emanuel, & de Francisque;
pourquoy ne suis-je pas incessamment auec vous, comme eux? ie vous
aurois suiuy, & ie vous aurois asseurément seruy de meilleur cœur,
ie ne souhaite rien en ce mōde, que vous voir; au moins souuenez
vous de moy? ie me contente de vostre souuenir: mais ie n’ose m’en
asseurer; ie no bornois pas mes esperances à vostre souuenir, quād ie
vous voyois tous les iours: mais vous m’auez bien apris, qu’il faut
que ie me soûmette à tout ce que vous voudrez: cependāt ie no me repēs
point de vous auoir adoré, ie suis bien-aise, que vous m’ayez seduite:
vostre absence rigoureuse, & peut-estre éternelle, ne diminuë en rien
l’emportement de mon amour: ie veux que tout le mond le sçache, ie
n’en fais point vn mystere, & ie suis rauie d’auoir fait tout ce que
i’ay fait pour vous contre toute sorte de bien-seance: ie ne mets plus
mon honneur, & ma religion qu’à vous aymer éperdüement toute ma vie,
puisque i’ay commencé à vous aymer: ie ne vous dis point toutes ces
choses, pour vous obliger à m’escrire. Ah! ne vous contraignez point;
ie ne veux de vous, que ce qui viendra de vostre mouuement, & ie refuse
tous les témoignages de vostre amour dont vous pourriez vous empescher:
j’auray du plaisir à vous excuser, parce que vous aurez, peut-estre,
du plaisir à ne pas prendre la peine de m’écrire: & ie sens vne
profonde disposition à vous pardonner toutes vos fautes. Vn Officier
François a eu la charité de me parler ce matin plus de trois heures de
vous, il m’a dit que la paix de France estoit faite: si cela est, ne
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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