vostre Lettre, i’auois resolu de l’escrire d’vne maniere à vo’ la
faire receuoir sans dégoust: mais elle est trop extrauagante, il faut
la finir: Helas! il n’est pas en mon pouuoir de m’y resoudre, il me
semble que je vous parle, quand ie vous escris, & que vous m’estes vn
peu plus present; La premiere ne sera pas si longue, ny si importune,
vous pourrez l’ouurir & la lire sur l’asseurance, que ie vous donne,
il est vray que ie ne dois point vous parler d’vne passion, qui vous
déplaist, & ie ne vous en parleray plus. Il y aura vn an dans peu
de jours que ie m’abandonnay toute à vous sans ménagement: vostre
Passion me paroissoit fort ardente, & fort sincere, & ie n’eusse jamais
pensé que mes faueurs vo’ eussent assez rebuté, pour vous obliger à
faire cinq cens lieuës, & à vous exposer à des naufrages, pour vo’ en
éloigner; personne ne m’estoit redeuable d’vn pareil traittement:
vous pouuez vous souuenir de ma pudeur, de ma confusion & de mon
desordre, mais vous ne vous souuenez pas de ce qui vous engageroit à
m’aimer malgré vous. L’Officier, qui doit vous porter cette Lettre, me
mande pour la quatrième fois, qu’il veut partir, qu’il est pressant,
il abandonne sans doute quelque malheureuse en ce Païs. Adieu, j’ay
plus de peine à finir ma Lettre, que vo’ n’en auez eu à me quitter,
peut-estre, pour toûjours. Adieu, ie n’ose vous donner mille noms de
tendresse, ny m’abandonner sans cōtrainte à tous mes mouuemens: ie vo’
aime mille fois plus que ma vie, & mille fois plus que ie ne pense; que
vous m’estes cher! & que vous m’estes cruel! vous ne m’escriuez point,
ie n’ay pû m’empescher de vo’ dire encore cela; je vay recommencer, &
l’Officier partira; qu’importe, qu’il parte, j’écris plus pour moy, que
pour vous, ie ne cherche qu’à me soulager, aussi bien la longueur de ma
lettre vous fera peur, vous ne la lirez point qu’est-ce que j’ay fait
pour estre si malheureuse? Et pourquoy auez vous empoisonné ma vie? Que
ne suis-je née en vn autre Païs. Adieu, pardonnez moy? Ie n’ose plus
vous prier de m’aimer; voyez où mon destin m’a reduite? Adieu.
CINQVIESME LETTRE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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