façon, & ie voudrois que toutes les femmes de France vous trouuassent
aimable, qu’aucune ne vous aimât, & qu’aucune ne vous plût: ce projet
est ridicule, & impossible: neantmoins j’ay assez éprouué que vous
n’estes gueres capable d’vn grand entestement, & que vous pourrez bien
m’oublier sans aucun secours, & sans y estre contraint par vne nouuelle
Passion: peut-estre, voudrois-je que vous eussiez quelque pretexte
raisonnable? Il est vray, que ie serois plus malheureuse, mais vous
ne seriez pas si coupable: je voy bien que vovs demeurerez en Frāce
sans de grands plaisirs, auec vne entiere liberté; la fatigue d’vn
long voyage, quelque petite bien-seance, & la crainte de ne répondre
pas à mes transports, vous retiennent: Ah! ne m’apprehendez point? Ie
me contenteray de vous voir de temps en temps, & de sçauoir seulement
que no’ sommes en mesme lieu: mais ie me flatte, peut-estre, & vous
serez plus touché de la rigueur & de la seuerité d’vne autre, que vous
ne l’auez esté de mes faueurs; est-il possible que vous serez enflammé
par de mauuais traittemens? Mais auant que de vous engager dans vne
grande Passion, pensez bien à l’excez de mes douleurs, à l’incertitude
de mes projets, à la diuersité de mes mouuemens, à l’extrauagance de
mes Lettres, à mes confiances, à mes desespoirs, à mes souhaits, à ma
jalousie? Ah! vous allez vous rendre malheureux; je vous conjure de
profiter de l’estat où ie suis, & qu’au moins ce que ie souffre pour
vous, ne vous soit pas inutile? Vous me fites, il y a cinq ou six mois
vne fascheuse confidēce, & vo’ m’auoüâtes de trop bonne foy, que vous
auiez aimé vne Dame en vostre Païs: si elle vous empesche de reuenir,
mādez-le moy sans ménagement? afin que ie ne languisse plus? quelque
reste d’esperance me soustiēt encore, & ie seray bien aise (si elle
ne doit auoir aucune suite) de la perdre tout à fait, & de me perdre
moy-mesme; enuoyez moy son portrait auec quelqu’vne de ses Lettres? Et
escriuez moy tout ce qu’elle vous dit? I’y trouuerois, peut-estre, des
raisons de me consoler, ou de m’affliger dauantage, ie ne puis demeurer
plus long-temps dās l’estat où ie suis, & il n’y a point de chāgement,
qui ne me soit fauorable: Ie voudrois aussi auoir le portrait de vostre
frere & de vostre Belle-sœur: tout ce qui vous est quelque chose, m’est
fort cher, & ie suis entierement deuoüée à ce qui vous touche: je ne me
suis laissé aucune disposition de moy-mesme; Il y a des momens, où il
me semble que j’aurois affez de soûmission pour seruir celle, que vous
aimez; vos mauuais traittemēs, & vos mépris m’ont tellement abatuë, que
ie n’ose quelque fois penser seulement, qu’il me semble que ie pourrois
estre jalouse sans vous déplaire, & que ie croy auoir le plus grand
tort du monde de vous faire des reproches: je suis souuent conuaincuë,
que ie ne dois point vous faire voir auec fureur, comme ie fais, des
sentimens, que vo’ desauoüez. Il y a long-temps qu’vn Officier attend
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account