ie croyois souuēt que l’attachement que vous paroissiez auoir pour
moy, vous pourroit faire quelque tort, il me sembloit que je ne vous
aymois pas assez, j’apprehendois pour vous la colere de mes parents, &
j’estois enfin dans vn estat aussi pitoyable qu’est celuy où je suis
presentement; si vous m’eussiez donné quelques témoignages de vostre
passion depuis que vo’ n’estes plus en Portugal; j’aurois fait tous mes
efforts pour en sortir, je me fusse déguisée pour vo’ aller trouuer;
helas! qu’est-ce que je fusse deuenuë, si vous ne vous fussiez plus
souciée de moy, apres que j’eusse esté en France; quel desordre? quel
égarement? quel cōble de honte pour ma famille, qui m’est fort chere
depuis que je ne vous ayme plus. Vous voyez bien que je cōnnois de sens
froid qu’il estoit possible que je fusse encore plus à plaindre que ie
ne suis; & ie vous parle, au moins, raisonnablement vne fois en ma vie;
que ma moderatiō vous plaira, & que vous serez content de moy; je ne
veux point le sçauoir, je vous ay desia prié de ne m’écrire plus, & je
vous en coniure encore.
N’auez vous jamais fait quelque reflexion sur la maniere dont vous
m’auez traitée, ne pensez vous iamais que vous m’auez plus d’obligation
qu’à personne du monde; je vous ay aymé comme vne incensée; que de
mépris j’ay eu pour toutes choses! vostre procedé n’est point d’vn
honneste homme, il faut que vous ayez eu pour moy de l’auersion
naturelle, puis que vous ne m’auez pas aymée éperduëment; je me suis
laissée enchanter par des qualitez tres-mediocres, qu’auez vous fait
qui deust me plaire? quel sacrifice m’auez vous fait? n’auez vous pas
cherché mille autres plaisirs? auez vous renoncé au jeu, & à la chasse?
n’estes vous pas parti le premier pour aller à l’Armée? n’en estes-vous
pas reuenu apres tous les autres, vous vous y estes exposé folement,
quoy que je vous eusse prié de vous ménager pour l’amour de moy, vous
n’auez point cherché les moyens de vous establir en Portugal? où vous
estiez estimé; vne lettre de vostre frere vous en a fait partir, sans
hesiter vn moment, & n’ay-je pas sçeu que durant le voyage vous auez
esté de la plus belle humeur du monde. Il faut aduoüer que ie suis
obligée à vous haïr mortellement; ah! ie me suis attirée tous mes
mal-heurs: je vous ay d’abord accoustumé à vne grande passion, auec
trop de bonne foy, & il faut de l’artifice pour se faire aymer, il
faut chercher auec quelque adresse les moyens d’enflâmer, & l’amour
tout seul ne donne point de l’amour, vous vouliez que ie vous aymasse,
& comme vous auiez formé ce dessein, il n’y a rien que vous n’eussiez
fait pour y paruenir, vous vous fussiez mesme resolu à m’aymer, s’il
eut esté necessaire; mais vous auez connu que vous pouuiez reussir
dans vostre entreprise sans passion, & que vous n’en auiez aucun
besoin, quelle perfidie? croyés vous auoir pû impunement me tromper,
si quelque hazard vous r’amenoit en ce pays, ie vous declare que ie
vous liureray à la vengeance de mes parents. I’ay vécu long-temps
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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