dans vn abandonnement & dans vne idolatrie qui me donne de l’horreur,
& mon remords me persecute auec vne rigueur insupportable, ie sens
viuement la honte des crimes que vo’ m’auez fait commettre, & ie n’ay
plus, helas! la passion qui m’empeschoit d’en connoistre l’énormité;
quand est-ce que mon cœur ne sera plus dechiré? quand est-ce que ie
seray deliurée de cét embarras, cruel! cependant je croy que ie ne
vous souhaitte point de mal, & que je me resouderois à consentir que
vous fussiez heureux; mais cōmēt pourrés vous l’estre si vous aués le
cœur biē fait; je veux vous écrire vne autre Lettre, pour vous faire
voir que ie seray peut-estre plus tranquille dans quelque tēps; que
j’auray de plaisir de pouuoir vous reprocher vos procedés iniustes
aprés que ie n’en seray plus si viuement touchée, & lors que ie vous
seray connoistre que ie vous méprise, que ie parle auec beaucoup
d’indifference de vostre trahison; que j’ay oublié tous mes plaisirs,
& toutes mes douleurs, & que ie ne me souuiens de vous que lors que
ie veux m’en souuenir. Ie demeure d’accord que vous auez de grands
aduantages sur moy, & que vous m’auez donné vne passion qui ma fait
perdre la raison, mais vous deuez en tirer peu de vanité; j’estois
jeune, j’estois credule, on m’auoit enfermée dans ce convēt depuis mon
enfance, ie n’auois veu que des gens desagreables, je n’auois jamais
entendu les loüanges que vous me donniez incessamment, il me sembloit
que je vous deuois les charmes, & la beauté que vo’ me trouuiez, &
dont vous me faisiez apperceuoir, j’entendois dire du bien de vous,
tout le monde me parloit en vostre faueur, vous faisiez tout ce qu’il
falloit pour me donner de l’amour; mais ie suis, enfin, reuenuë de cét
enchantement, vous m’auez dōné de grands secours, & j’aduoüe que j’en
auois vn extrême besoin: En vous renuoyant vos lettres, je garderay
soigneusement les deux dernieres que vous m’auez écrites, & ie les
reliray encore plus souuent que ie n’ay leu les premieres, afin de ne
retomber plus dans mes foiblesses, Ah! quelles me coûtēt cher, & que
i’aurois esté heureuse, si vous eussiez voulu souffrir que ie vous
eusse toûjours aimé. Ie connois bien que ie suis encore vn peu trop
occupée de mes reproches & de vostre infidelité; mais souuenez-vous
que ie me suis promise vn estat plus paisible, & que j’y paruiendray,
ou que ie prēdray contre moy quelque resolution extrême, que vous
apprendrez sans beaucoup de déplaisir; mais ie ne veux plus rien de
vous, ie suis vne folle de redire les mesmes choses si souuent, il faut
vous quitter & ne penser plus à vous, ie croy mesme que je ne vous
écriray plus, suis-je obligée de vous rendre vn compte exact de to’ mes
diuers mouuements.
FIN.
_EXTRAIT DV_
_Priuilege du Roy_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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