Mon cher ami Badollet, nous sommes ici dans un pays où je crois que tu
te plairais bien; nous demeurons au milieu d'une forêt sur le bord d'une
rivière; nous pouvons chasser, pêcher, nous baigner, aller en patins
quand bon nous semble. A présent nous nous chauffons gaillardement
devant un bon feu, et ce qu'il y a de mieux c'est que c'est nous-mêmes
qui allons couper le bois dans la forêt. Tu sais comme nous nous
amusions à Genève à nous promener en bâteau. Eh bien! je m'amuse encore
mieux ici à naviguer dans des canots de sauvages. Ils sont construits
avec de l'écorce de bouleau et sont charmants pour aller un ou deux
dedans; on peut s'y coucher comme dans un lit, et ramer tout à son aise;
il n'y a pas de petit ruisseau qui n'ait assez d'eau pour ces jolies
voitures. Il y a quelque tems que je descendis une petite rivière fort
étroite; le tems était superbe; je voyais des prairies à deux pas de
moi; j'étais couché tout le long du canot sur une couverture, et il y
avait si peu d'eau qu'il me semblait glisser sur les près et les gazons.
Je tourne, je charpente, je dessine, je joue du violon; il n'y a pas
diablerie que je ne fasse pour m'amuser. Note avec cela que nous sommes
ici en compagnie de cinq bourgeois et bourgeoises de Genève. Il est bien
vrai qu'il y en a trois de nés en Amérique, mais ils n'en ont pas moins
conservé le sang républicain de leurs ancêtres, et M. Lesdernier le
fils, né dans ce continent d'un père genevois, est celui de tous les
Américains que j'ai vu encore le plus zélé et le plus plein
d'enthousiasme pour la liberté de son pays.
Adieu, mon cher ami. J'espère que l'été prochain tu viendras m'aider à
_pagailler_ (signifie _ramer_) dans un canot de sauvage. Nous irons
remonter la rivière St. Jean ou le fleuve St. Laurent, visiter le
Canada. Si tu pouvais trouver moyen de m'envoyer une demi-douzaine de
bouts de tubes capillaires pour thermomètre, tu obligerais beaucoup ton
affectionné ami.
* * * * *
P.S.--Nous allons bientôt faire un petit voyage pour voir une habitation
de sauvages.
* * * * *
A little more information is given by the fragment of another letter,
written nearly two years afterwards, but covering the same ground.
GALLATIN TO BADOLLET.
CAMBRIDGE, 15 septembre, 1782.
Mon bon ami, je t'écris sans savoir où tu es, et sans savoir si mes
lettres te parviendront, ou si même tu te soucies d'en recevoir; car si
je ne comptais pas autant sur ton amitié que je le fais, je serais
presque porté à croire que tu n'as répondu à aucune des lettres que nous
t'avons écrites, Serre et moi, depuis plus de deux ans. Cependant te
jugeant par moi-même et surtout te connaissant comme je fais, j'aime
mieux penser que toutes nos lettres ont été perdues, ou que toutes les
tiennes ont subi ce sort. Ainsi commençant par la deuxième supposition,
je vais te faire un court narré de nos aventures.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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