The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Chacun d'eux portoit une longue et mince perche ferrée par les deux bouts,
don't l'un étoit tranchant, l'autre arrondi, mais garni de plusieurs
taillans, et long d'un empan. Leur écu (bouclier) étoit rond, selon leur
usage, convexe dans la partie du milieu, et garni au centre d'une grosse
pointe de fer; mais depuis cette pointe jusqu'au bas il étoit orné de
longues franges de soie. Ils avoient pour vêtement des robes dont les
manches, larges de plus d'un pied et demi, dépassoient leur bras, et pour
toque un chapeau rond terminé en pointe, de laine cramoisie, et velu; mais
ce chapeau, au lieu d'avoir sa toile tortillée tout autour, comme l'ont les
autres Maures, l'avoit pendante fort bas des deux côtés, dans toute sa
largeur.
Nous allâmes de là loger à Samarie, parce que je voulois visiter la mer de
Tabarie (lac de Tibériade), où l'on dit que saint Pierre pèchoit
ordinairement, et y a aucuns (quelques) pardons; c'étoient les quatre-temps
de Septembre. Le moucre me laissa seul toute la journée. Samarie est située
sur la pointe d'une montagne. Nous n'y entrames qu'à la chute de jour, et
nous en sortimes à minuit pour nous rendre au lac. Le moucre avoit préféré
cette heure, afin d'esquiver le tribut que paient ceux qui s'y rendent;
mais la nuit m'empêcha de voir le pays d'alentour.
J'allai ensuite au puits qu'on nomme puits de Jacob, parce que Jacob y fut
jeté par ses frères. Il y a là une belle mosquée, dans laquelle j'entrai
avec mon moucre, parce que je feignis d'être Sarrasin.
Plus loin est un pont de pierre sur lequel on passe le Jourdain, et qu'on
appelle le pont de Jacob, à cause d'une maison qui s'y trouve, et qui fut,
dit-on, celle de ce patriarche. Le fleuve sort d'un grand lac situé au pied
d'une montagne vers le nordouest (nord-ouest), et sur la montagne est un
beau chateau possédé par Nancardin.
Du lac je pris le chemin de Damas. Le pays est assez agréable, et quoiqu'on
y marche toujours entre deux rangs de montagnes, il a constamment une ou
deux lieues de large. Cependant on y trouve un endroit fort étrange. Là le
chemin est réduit uniquement à ce qu'il faut pour le passage des chevaux
tout le reste, à gauche, dans une largeur et une longueur d'une lieue
environ, ne présente qu'un amas immense de cailloux pareils à ceux de
rivière, et dont la plupart sont gros comme des queues de vin.
Au débouché de ce lieu est un très-beau kan, entouré de fontaines et de
ruisseaux. A quatre ou cinq milles de Damas il y en a un autre, le plus
magnifique que j'aie vu de ma vie. Celui-ci est près d'une petite rivière
formée par des sources; et en général plus on approche de la ville et plus
le pays est beau.
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