The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Mon compagnon, le mamelouck, et moi, qui n'en avions point, nous allâmes
nous établir dans un jardin. Il y vint aussi deux Turquemans (Turcomans) de
Satalie, qui revenoient de la Mecque, et qui soupèrent avec nous. Mais
quand ces deux hommes me virent bien vêtu, ayant bon cheval, belle épée,
bon tarquais, ils proposèrent au mamelouck, ainsi que lui-même me l'avoua
par la suite lorsque nous nous séparâmes, de se défaire de moi, vu que
j'étois chrétien et indigne d'être dans leur compagnie. II répondît que,
puisque j'avois mangé avec eux le pain et le sel, ce seroit un crime; que
leur loi le leur défendoit, et qu'après tout Dieu faisoit les chrétiens
comme les Sarrasins.
Néanmoins ils persistèrent dans leur projet; et comme je témoignois le
desir de voir Halep, la ville la plus considérable de Syrie après Damas,
ils me pressèrent de me joindre à eux. Moi qui ne savois rien de leur
dessein, j'acceptai; et je suis convaincu, aujourd'hui qu'ils ne vouloient
que me couper la gorge. Mais le mamelouck leur défendit de venir davantage
avec nous, et par-là il me sauva la vie.
Nous étions partis de Balbec deux heures avant le jour, et notre caravane
étoit compsée de quatre à cinq cents personnes, et de six ou sept cents
chameaux et mulets, parce qu'elle portoit beaucoup d'épices. Voici leur
manière de se mettre en marche.
Il y a dans la troupe une très-grande nacquaire (très grosse timbale). Au
moment où le chef veut qu'on parte, il fait frapper trois coups. Aussitôt
tout le monde s'apprête, et à mesure que chacun est prêt, il se met à la
file sans dire un seul mot: Et feront plus de bruit dix d'entre nous que
mil de ceux-là. On marche ainsi en silence, à moins que ce ne soit la nuit,
et que quelqu'un ne veuille chanter une chanson de gestes.[Footnote: On
appeloit en France chansons de gestes celles qui célébroient les gestes et
belles actions des anciens héros.] Au point du jour, deux ou trois d'entre
eux, fort éloignés les uns des autres, crient et se répondent, comme on le
fait sur les mosquées aux heures d'usage. Enfin, peu après, et avant le
lever du soleil, les gens dévots font leurs prières et ablutions
ordinaires.
Pour ces ablutions, s'ils sont auprès d'un ruisseau, ils descendent de
cheval, se mettent les pieds nus, et se lavant les mains, les pieds, le
visage et tous les conduits du corps. S'ils n'ont pas de ruisseau, ils
passent la main sur ces parties. Le dernier d'entre eux se lave la bouche
et l'ouverture opposée, après quoi il se tourne vers le midi. Tous alors
lèvent deux doigts en l'air; ils se prosternent et baisent la terre trois
fois, puis ils se relèvent et font leurs prières. Ces ablutions leur ont
été ordonnées en lieu de confession. Les gens de distinction, pour n'y
point manquer, portent toujours en voyage des bouteilles de cuir pleines
d'eau: on les attache sous le ventre des chameaux et des chevaux, et
ordinairement elles sont très-belles.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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