The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Il y avoit à Larande deux gentilshommes de Cypre, dont l'un s'appelloit
Lyachin Castrico; l'autre, Léon Maschero, et qui tous deux parloient assez
bien Français. [Footnote: Les Lusignan, devenus rois de Cypre sur la fin du
douzième siècle, avoient introduit dans cette île la langue Française.
C'est en Cypre, au passage de saint Louis pour sa croisade d'Egypte que fut
fait et publié ce code qu'on appela Assises de Jérusalem, et qui devint le
code des Cypriots. La langue Française continua d'être celle de la cour et
des gens bien élevés.] Ils me demandèrent quelle étoit ma patrie, et
comment je me trouvais là. Je leur répondis que j'étois serviteur de
monseigneur de Bourgogne, que je venois de Jérusalem et de Damas, et que
j'avoîs suivi la caravane. Ils me parurent très-emerveillés de ce que
j'avois pu passer; mais quand ils m'eurent demandé où j'allois, et que
j'ajoutai que je retournois par terre en France vers mondit seigneur, ils
me dirent que c'étoit chose impossible, et que, quand j'aurois mille vies,
je les perdrois toutes. En conséquence ils me proposèrent de retourner en
Cypre avec eux. Il y avoit dans l'ile deux galères qui étoient venues y
chercher la soeur de roi, accordé en mariage au fils de monseigneur de
Savoie, [Footnote: Louis, fils d'Amédée VIII. duc de Savoie. Il épousa en
1432 Anne de Lusignan fille de Jean II, roi de Cypre, mort au mois de Juin,
et soeur de Jean III, qui alors étoit sur le trône.] et ils ne doutoient
point que le roi, par amour et honneur pour monseigneur de Bourgogne, ne
m'y accordât passage. Je leur répondis que puisque Dieu m'avoit fait la
grace d'arriver à Larande, il me feroit probablement celle d'aller plus
loin, et qu'au reste j'étois résolu d'achever mon voyage ou d'y mourir.
A mon tour je leur demandai où ils alloient. Ils me dirent que leur roi
venoit de mourir; que pendant sa vie il avoit toujours entretenu trève avec
le grand karman, et que le jeune roi et son conseil les envoyoit vers lui
pour renouveller l'alliance. Moi, qui étois curieux de connoître ce grand
prince que sa nation considère comme nous notre roi, je les priai de
permettre que je les accompagnasse; et ils y consentirent.
Je trouvai à Larande un autre Cypriot. Celui-ci, nommé Perrin Passerot, et
marchand, demeuroit depuis quelque temps dans le pays. Il étoit de
Famagouste, et en avoit été banni, parce qu'avec un de ses frères il avoit
tenté de remettre dans les mains du roi cette ville, qui étoit dans celles
des Génois.
Mon mamelouck venoit de recontrer aussi cinq ou six de ses compatriotes.
C'étoient de jeunes esclaves Circassiens que l'on conduisoit au soudan. Il
voulut à leur passage les régaler; et comme il avoit appris qu'il se
trouvoit à Larande des chrétiens, et qu'il soupçonnoit qu'ils auroient du
vin, il me pria de lui en procurer. Je cherchai tant que, moyennant la
moitié d'un ducat, je trouvai à en acheter demi-peau de chèvre (une
demi-outre), et je la lui donnai.
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