The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Le chef de la caravane s'apprêtoît à repartir, et j'allai en conséquence
prendre congé des ambassadeurs du roi de Cypre. Ils s'étoient flattés de
m'emméner avec eux, et ils renouvelèrent leurs instances en m'assurant que
jamais je n'acheverois mon voyage; mais je persistai. Ce fut à Couhongue
que quittèrent la caravane ceux qui la composoient. Hoyarbarach n'amenoit
avec lui que ses gens, sa femme, deux de ses enfans qu'il avoit conduits à
la Mecque, une ou deux femmes étrangères, et moi.
Je dis adieu à mon mamelouck. Ce brave homme, qu'on appeloit Mahomet,
m'avoit rendu des services sans nombre. Il étoit très-charitable, et
faisoit toujours l'aumône quand on la lui demandoit au nom de Dieu. C'étoit
par un motif de charité qu'il m'obligeoit, et j'avoue que sans lui je
n'eusse pu achever mon voyage qu'avec de très-grandes peines, que souvent
j'aurois été exposé au froid et à la faim, et fort embarrassé pour mon
cheval.
En le quittant je cherchai à lui témoigner ma reconnoissance; mais il ne
voulut rien accepter qu'un couvre-chef de nos toiles fines d'Europe, et cet
objet parut lui faire grand plaisir. Il me raconta toutes les occasions
venues à sa connoissance, où sans lui, j'aurois couru risque d'être
assassiné, et me prévint d'être bien circonspect dans les liaisons que je
ferois avec les Sarrasins, parce qu'il s'en trouvoit parmi eux d'aussi
mauvais que les Francs. J'écris ceci pour rappeler que celui qui, par amour
de Dieu, m'a fait tant de bien, étoit "ung homme hors de nostre foy."
Le pays que nous eûmes à parcourir après être sortis de Couhongue est fort
beau, et il a d'assez bons villages; mais les habitans sont mauvais: le
chef me défendit même, dans un des villages où nous nous arrêtâmes, de
sortir de mon logement, de peur d'être assassiné. Il y a près de ce lieu un
bain renommé, où plusieurs malades accourent pour chercher guérison. On y
voit des maisons qui jadis appartinrent aux hospitaliers de Jérusalem, et
la croix de Jérusalem s'y trouve encore.
Après trois jours de marche nous arrivâmes à une petite ville nommé
Achsaray, située au pied d'une haute montagne, qui la garantit du midi. Le
pays est uni, mais mal-peuplé, et les habitans passent pour méchans: aussi
me fut-il encore défendu de sortir la nuit hors de la maison.
Je voyageai la journée suivante entre deux montagnes dont les cimes sont
couronnées d'un peu de bois. Le canton, assez bien peuplé, l'est un partie
par des Turcomans; mais il y a beaucoup d'herbages et de marais.
Là je traversai une petite rivière qui sépare ce pays de Karman d'avec
l'autre Karman que possède Amurat-Bey, nommé par nous le Grand-Turc. Cette
portion ressemble à la première; elle offre comme elle un pays plat,
parsemé çà et là de montagnes.
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