The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Sur notre route nous côtoyâmes une ville à château, qu'on nomme Achanay.
Plus loin est un beau caravanserai où nous comptions passer la nuit; mais
il y avoit vingt-cinq ânes. Notre chef ne voulut pas y entrer, et il
préféra retourner une lieue on arrière sur ses pas, jusqu'à un gros village
où nous logeâmes, et où nous trouvâmes du pain, du fromage et du lait.
De ce lieu je vins à Karassar en deux jours. Carassar, en langue Turque,
signifie pierre noire. C'est la capitale de ce pays, dont s'est emparé de
force Amurat-Bey. Quoiqu'elle ne soit point fermée, elle est marchande, et
a un des plus beaux châteaux que j'aie vus, quoiqu'il n'ait que de l'eau de
citerne. Il occupe la cime d'une haute roche, si bien arrondie qu'on la
croiroit taillée au ciseau. Au bas est la ville, qui l'entoure de trois
côtés; mais elle est à son tour enveloppée, ainsi que lui, par une montagne
en croissant, depuis grec jusqu'à mestre (depuis le nord-est jusqu'au
nord-ouest). Dans le reste dé la circonférence s'ouvre une plaine que
traverse une rivière. Il y avoit peu de temps que les Grecs s'étoient
emparés de ce lieu; mais ils l'avoient perdu par leur lâcheté.
On y apprête les pieds de mouton avec une perfection et une propreté que je
n'ai vues nulle part. Je m'en régalai d'autant plus volontiers que depuis
Couhongue je n'avois pas mangé de viande cuite. On y fait aussi, avec des
noix vertes, un mets particulier. Pour cela on les pelé, on les coupe en
deux, on les enfile avec une ficelle, et on les arrose de vin cuit, qui se
prend tout autour et y forme une gelée comme de la colle. C'est une
nourriture assez agréable, sur-tout quand on a faim. Nous fûmes obligés d'y
faire une provision de pain et de fromage pour deux jours; et je conviens
que j'étois dégoûté de chair crue.
Ces deux jours furent employés à venir de Carassar à Cotthay. Le pays est
beau, bien arrosé et garni de montagnes peu élevées. Nous traversâmes un
bout de forêt qui me parut remarquable en ce qu'elle est composée
entièrement de chênes, et que ces arbres y sont plus gros, plus droits et
plus hauts que ceux que j'avois été à portée dé voir jusque-là. D'ailleurs
ils n'ont, comme les sapins, de branches qu'à leurs cimes.
Nous vinmes loger dans un caravanserai qui étoit éloigné de toute
habitation. Nous y trouvâmes de l'orge et de la paille, et il eût été
d'autant plus aisé de nous en approvisionner, qu'il n'y avoit d'autre
gardien qu'un seul valet. Mais on n'a rien de semblable à craindre dans ces
lieux-là, et il n'est point d'homme assez hardi pour oser y prendre une
poignée de marchandise sans payer.
Sur la route est une petite rivière renommée pour son eau Hoyarbarch alla
en boire avec ses femmes; il voulut que j'en busse aussi, et lui-même m'en
présenta dans son gobelet de cuir. C'étoit la première fois de toute la
route qu'il me faisoit cette faveur.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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