The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Sorti du caravanserai, je pris le chemin de Bourse, et laissai à gauche,
entre l'occident et le midi, celui de Troie-la-Grant. [Footnote: L'auteur,
en donnant ici à la fameuse Troie la dénomination de grande, ne fait que
suivre l'usage de son siècle. La historiens et les romanciers du temps la
désignoient toujours ainsi, "histoire de Troye-la-Grant," "destruction de
Troie-la-Grant," etc.] Il y a d'assez hautes montagnes, et j'en eus
plusieurs à passer. J'eus aussi deux journées de forêts, après quoi je
traversai une belle plaine dans laquelle il y a quelques villages assez
bons pour le pays. A demi-journée de Bourse il en est un où nous trouvâmes
de la viande et du raisin; ce raisin étoit aussi frais qu'au temps des
vendanges: ils savent le garder ainsi toute l'année; c'est un secret qu'ils
ont. Les Turcs m'y régalèrent de rôti; mais il n'étoit pas cuit à moitié. A
mesure que la viande se rôtissoit, nous la coupions à la broche par
tranches. Nous eûmes aussi du kaymac; c'est de la crême de buffle. Elle
étoit si bonne et si douce, et j'en mangeai tant que je manquai d'en
crever.
Ayant d'entrer dans le village nous vîmes venir à nous un Turc de Bourse
qui étoit envoyé à l'épouse de Hoyarbarach pour lui annoncer la mort de son
père. Elle témoigna une grande douleur, et ce fut à cette occasion que
s'étant découvert le visage, j'eus le plaisir de la voir; ce qui ne m'étoit
pas encore arrivé de toute-la route. C'étoit une fort belle femme.
Il y avoit dans le lieu un esclave Bulgare renégat, qui, par affectation de
zèle et pour se montrer bon Sarrasin, reprocha aux Turcs de la caravane de
me laisser aller dans leur compagnie, et dit que c'étoit un péché à eux qui
revenoient du saint pélerinage de la Mecque: en conséquence ils me
notifièrent qu'il falloit nous séparer, et je fus obligé de me rendre à
Bourse.
Je partis donc le lendemain, une heure avant le jour, avec l'aide de Dieu
qui jusque-là m'avoit conduit; il me guida encore si bien que dans la route
je ne demandai mon chemin qu'une seule fois.
En entrant dans la ville je vis beaucoup de gens qui en sortoient pour
aller au-devant de la caravane. Tel est l'usage; les plus notables s'en
font un devoir; c'est une fête. Il y en eut même plusieurs qui, me croyant
un des pélerins, me baisèrent les mains et la robe.
En y entrant je me vis embarrassé, parce que d'abord on trouve une place
qui s'ouvre par quatre rues, et que je ne savois laquelle prendre. Dieu me
fir encore choisir la bonne, laquelle me conduisit au bazar, où sont les
marchandises et les marchands. Je m'adressai au premier chrétien que j'y
vis, et ce chrétien se trouva heureusement un des espinolis de Gênes,
celui-là même pour qui Parvésin de Baruth m'avoit donné des lettres. Il fut
fort étonné de me voir, et me conduisit chez un Florentin où je logeai avec
mon chevall. J'y restai dix jours, temps que j'employai à parcourir la
ville, conduit par les marchands, qui se firent un plaisir de me mener
par-tout eux-mêmes.
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