The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Au-delà on trouve, tantôt un pays de montagnes et de vallées, tantôt un
pays d'herbages, puis une haute forêt qu'il seroit impossible de traverser
sans guide, et où les chevaux enfoncent si fort qu'ils ont grande peine à
s'en tirer. Pour moi je crois que c'est celle dont il est parlé dans
l'histoire de Godefroi de Bouillon, et qu'il eut tant de difficulté à
traverser.
Je passai la nuit par-delà, dans un village qui est à quatre lieues en-deçà
de Nichomède (Nichomédie). Nichomédie est une grande ville avec havre. Ce
havre, appelé le Lenguo, part du golfe de Constantinople et s'étend jusqu'à
la ville, où il a de largeur un trait d'arc. Tout ce pays est d'un passage
très-difficultueux.
Par-delà Nicomédie, en tirant vers Constantinople, il devient très-beau et
assez bon. Là on trouve plus de Grecs que de Turcs; mais ces Grecs ont pour
les chrétiens (pour les Latins) plus d'aversion encore que les Turcs
eux-mêmes.
Je côtoyai le golfe de Constantinople, et laissant le chemin de Nique
(Nicée), ville située au nord, près de la mer Noire, je vins loger
successivement dans un village en ruine, et qui n'a pour habitans que des
Grecs; puis dans un autre près de Scutari; enfin à Scutari même, sur le
détroit, vis-à-vis de Péra.
Là sont des Turcs auxquels il faut payer un droit, et qui gardent le
passage. Il y a des roches qui le rendroient très-aisé à défendre si on
vouloit le fortifier. Hommes et chevaux peuvent s'y embarquer et débarquer
aisément. Nous passâmes, mes compagnons et moi, sur deux vaisseaux Grecs.
Ceux à qui appartenoit celui que je montois me prirent pour Turc, et me
rendirent de grands honneurs. Mais quand ils m'eurent descendu à terre, et
qu'ils me virent, en entrant dans Péra, laisser à la porté mon cheval en
garde, et demander un marchand Génois nommé Christophe Parvesin, pour qui
j'avois des lettres, ils se doutèrent que j'étois chrétien. Deux d'entre
eux alors m'attendirent à la porte, et quand je vins y reprendre mon cheval
ils me demandèrent plus que ce que j'étois convenu de leur donner pour mon
passage, et voulurent me rançonner. Je crois même qu'ils m'auroient battu
s'ils l'avoient osé; mais j'avois mon épée et mon bon tarquais: d'ailleurs
un cordonnier Génois qui demeuroit près de là vint à mon aide, et ils
furent obligés de se retirer.
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