The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Son vêtement étoit, selon l'usage, une robe de satin cramoisi, par-dessus
laquelle il en avoit, comme manteau, une autre de satin vert à figures,
fourrée de martre zibeline. Ses jeunes garçons l'accompagnoient; mais ils
ne le suivirent que jusqu'à l'entrée de la pièce, et rentrèrent. Il ne
resta près de lui qu'un petit nain et deux jeunes gens qui faisoient les
fous. [Footnote: L'usage l'avoir des nains et des fous étoit très ancien
dans les cours d'Orient. Il avoît passé avec les croisades dans celles des
princes chretiens d'Europe, et dura en France, pour les fous, jusqu'à Louis
XIV.]
Il traversa l'angle de la cour, et vint dans une galerie où l'on avoit
préparé un siège pour lui. C'étoît une sorte de couche couverte en velours
(un sopha), où il avoit quatre ou cinq degrés à monter. Il alla s'y asseoir
à la manière Turque, comme nos tailleurs quand ils travaillent, et aussitôt
les trois bachas vinrent prendre place à peu de distance de lui. Les autres
officiers qui dans ces jours-là font partie de son cortège entrèrent
également dans la galerie, et ils allèrent se ranger le long des murs,
aussi loin de lui qu'ils le purent. En dehors, mais en face, étoient assis
vingt gentilshommes Valaques, détenus à sa suite comme otages du pays. Dans
l'intérieur de la salle on avoit placé une centaine de grands plats
d'étain, qui chacun contenoient une pièce de mouton et du riz.
Quand tout le monde fut placé on fit entrer un seigneur du royaume de
Bossène (Bosnie), lequel prétendoit que la couronne de ce pays lui
apparteroit: en conséquence il étoit venu en faire hommage au Turc et lui
demander du secours contre le roi. On le mena prendre place auprès des
bachas; on introduisit ses gens, et l'on fit venir l'ambassadeur du duc de
Milan.
Il partit suivi de ses présens, qu'on alla placer près des plats d'étain.
Là, des gens préposés pour les recevoir, les purent et les levèrent
au-dessus de leurs têtes aussi haut qu'ils le purent, afin que le seigneur
et sa cour pussent les voir. Pendant ce temps, messire Bénédict avançoit
lentement vers la galerie. Un homme de distinction vint au-devant de lui
pour l'y introduire. En entrant il fit une révérence sans ôter l'aumusse
qu'il avoit sur la tête; arrivé près des degrés, il en fit une autre
très-profonde.
Alors le seigneur se leva: il descendit deux marches pour s'approcher de
l'ambassadeur et le prit par la main. Celui-ci voulut lui baiser la sienne;
mais il s'y refusa, et demanda par la voie d'un interprète Juif qui savoit
le Turc et l'Italien, comment se portoit son bon frère et voisin le duc de
Milan. L'ambassadeur répondit à cette question; après quoi on le mena
prendre place près du Bosnien, mais à reculons, selon l'usage, et toujours
le visage tourné vers le prince.
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