Hugo, Victor, 1802-1885 -- Criticism and interpretation
Arrêtez!
Que veut dire ceci? Pourquoi cette couronne?
Que veut-on que j'en fasse? et qui donc me la donne?
Est-ce un rêve? Est-ce bien le bandeau que je vois?
De quel droit me vient-on confondre avec les rois?
Qui mêle un tel scandale à nos pieuses fêtes
Quoi! leur couronne, à moi qui fais tomber leurs têtes?
S'est-on mépris au but de ces solennités?--
Milords, messieurs, anglais, frères, qui m'écoutez,
Je ne viens point ici ceindre le diadème,
Mais retremper mon titre au sein du peuple même,
Rajeunir mon pouvoir, renouveler mes droits.
L'écarlate sacrée était teinte deux fois.
Cette pourpre est au peuple, et, d'une âme loyale,
Je la tiens de lui.--Mais la couronne royale!
Quand l'ai-je demandée? Et qui dit que j'en veux?
Je ne donnerais pas un seul de mes cheveux,
De ces cheveux blanchis à servir l'Angleterre,
Pour tous les fleurons d'or des princes de la terre.
Ôtez cela d'ici! Remportez, remportez
Ce hochet, ridicule entre les vanités!
N'attendez pas qu'aux pieds je foule ces misères!
Qu'ils me connaissent mal, les hommes peu sincères
Qui m'osent affronter jusqu'à me couronner!
J'ai reçu de Dieu plus qu'ils ne peuvent donner,
La grâce inamissible; et de moi je suis maître.
Une fois fils du ciel, peut-on cesser de l'être?
De nos prospérités l'univers est jaloux.
Que me faut-il de plus que le bonheur de tous?
Je vous l'ai dit. Ce peuple est le peuple d'élite.
L'Europe de cette île est l'humble satellite.
Tout cède à notre étoile; et l'impie est maudit.
Il semble, à voir cela, que le Seigneur ait dit:
--Angleterre! grandis, et sois ma fille aînée.
Entre les nations mes mains t'ont couronnée;
Sois donc ma bien-aimée, et marche à mes côtés.--
Il déroule sur nous d'abondantes bontés;
Chaque jour qui finit, chaque jour qui commence,
Ajoute un anneau d'or à cette chaîne immense.
On croirait que ce Dieu, terrible aux philistins,
À comme un ouvrier composé nos destins;
Que son bras, sur un axe indestructible aux âges,
De ce vaste édifice a scellé les rouages,
Œuvre mystérieuse, et dont ses longs efforts
Pour des siècles peut-être ont monté les ressorts.
Ainsi tout va. La roue, à la roue enchaînée,
Mord de sa dent de fer la machine entraînée;
Les massifs balanciers, les antennes, les poids,
Labyrinthe vivant, se meuvent à la fois;
L'effrayante machine accomplit sans relâche
Sa marche inexorable et sa puissante tâche;
Et des peuples entiers, pris dans ses mille bras,
Disparaîtraient broyés, s'ils ne se rangeaient pas.
Et j'entraverais Dieu, dont la loi salutaire
Nous fait un sort à part dans le sort de la terre!
J'irais, du peuple élu foulant le droit ancien,
Mettre mon intérêt à la place du sien!
Pilote, j'ouvrirais la voile aux vents contraires!
(_Hochant la tête._)
Non, je ne donne pas cette joie aux faux frères.
Le vieux navire anglais est toujours roi des flots.
Le colosse est debout. Que sont d'obscurs complots
Contre les hauts destins de la Grande-Bretagne?
Qu'est-ce qu'un coup de pioche aux flancs d'une
montagne?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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