cognoistre la lettre, et au dessoubz: «Katherine, etc., surnommée
Conrard»; et sur le dos: «Au desloyal Gerard, etc.». Elle ne dormit pas
guères la nuyt, et aussitost qu'on vit du jour, elle se leva tout
doulcement, et s'abilla sans ce qu'oncques Gerard s'en eveillast, et
prend sa lettre qu'elle avoit bien close et fermée, et la bouta en la
manche du pourpoint de Gerard; et à Dieu le commenda tout en basset, en
plorant tendrement, pour le grand deuil qu'elle avoit du trèsfaulx tour
qu'il luy avoit joué. Gerard, qui dormoit, mot ne luy respondit. Elle
s'en vint devers son oncle, qui luy bailla son cheval, et elle monte et
puis tire païs tant qu'ilz vindrent en Brabant, où ilz furent receuz
joyeusement, Dieu le scet. Et fut bien qui leur demanda des adventures
de leur voyage; mais quoy qu'ilz respondissent, ilz ne se vantèrent pas
de la principale. Pour parler comment il advint à Gerard, quant vint le
jour du partement de la bonne Katherine, environ dix heures, il
s'esveilla, et regarde que son compaignon estoit levé; si pensa qu'il
estoit tard, si sault sus tout en haste et saisit son pourpoint; et
comme il boutoit son bras dedans l'une des manches, il en saillit une
lettre, dont il fut assez esbahy, car il ne luy souvenoit pas que nulles
y en eust bouté. Il les releva toutesfoiz, et voit qu'elles sont
fermées; et avoit au dos escript: «Au desloyal Gerard, etc.» Si par
avant fut esbahy, encores le fut-il beaucop plus. A chef de pièce, il
les ouvrit et voit la soubscription qui disoit Katherine surnommée
Conrard. Si ne scet que penser; il les leut neantmains; en lysant, le
sang luy monte et le cueur luy fremist, et devint tout alteré de manière
et de coleur. A quelque meschef que ce fut, il escheva de lyre sa
lettre, par laquelle il cognent que sa desloyaulté estoit venue à la
cognoissance de celle qui luy vouloit tant de bien: non qu'elle sceust
estre tel au rapport d'aultruy, mais elles mesmes en personne en a la
vraye informacion; et, qui plus près du cueur luy touche, il a couché
trois nuiz avec elle sans l'avoir guerdonnée de la peine qu'elle avoit
prinse que de si loing le venir esprouver. Il ronge son frain aux dens
et tout vif enrage quand il se voit en celle peleterie. Et après beaucop
d'advis, il ne scet aultre remède que de la suyvir; et bien lui semble
qu'il la rataindra. Si prent congié de son maistre, et se met à la voie,
suyvant le froissie des chevaulx de ceulx qu'oncques ne rataindit
jusques ad ce qu'ilz fussent en Brabant, où il vint si à point que
c'estoit le jour des nopces de celle qui l'a esprouvé. Laquelle il cuida
bien aller baiser et saluer, et faire une orde excusance de ses faultes;
mais il ne luy fut pas souffert, car elle luy tourna l'espaule, et ne
sceut tout ce jour ne oncques puis trouver manière ne fasson d'avoir
devises avec elle. Mesmes il s'avanca une foiz pour la mener dancer,
mais elle le refusa plainement devant tout le monde, dont pluseurs se
prindrent garde.