cognoissance.--Comment! ce dit Conrard, vous savez d'amours bien avant;
je vous requier doncques que veillez estre mon moien ceans ou aultre
part que je face dame par amours, asavoir mon si je pourroie garir comme
vous.--Je vous diray, ce dit Gerard, je vous feray demain deviser à ma
dame, et aussi je luy diray que nous sommes compaignons et qu'elle face
vostre besoigne à sa compaigne; et je ne doubte point que, si vous
voulez, qu'encores n'ayons du bon temps, et que bien bref se passera la
resverie qui vous affole, voire si à vous ne tient.--Si ce n'estoit
faulser mon serment à ma dame, je le desireroye beaucop, ce dit Conrard;
mais au fort j'essaieray comment il m'en prendra.» Et à ces motz se
retourna Gerard et tantost s'endormit. Et la trèsbelle Katherine estoit
de mal tant oppressée, voyant et oyant la desloyauté de celuy qu'elle
aymoit plus que tout le monde, qu'elle se souhaitoit morte. Non pourtant
elle adossa la tendreur feminine, et s'adouba de virile vertu. Car elle
eut bien la constance de longuement et largement lendemain deviser
avecques celle qui luy faisoit tort de la rien au monde que plus cher
tenoit; mesmes forsa son cueur, et ses yeulx fist estre notaires de
pluseurs entretenances à son trèsgrand et mortel prejudice. Comme elle
estoit en parolles avecques sa compaigne, elle apperceut la verge que au
partir donna à son desloyal serviteur, qui luy parcreut ses doleurs;
mais elle ne fut pas si fole, non pas par convoitise de la verge,
qu'elle ne trouva bonne gracieuse fasson de la regarder et bouter en son
doy. Et sur ce point, comme non y pensant, se part et s'en va. Et
tantost que le souper fut passé, elle vint à son oncle et lui dit: «Nous
avons assez esté Barroisiens, il est temps de partir; soiez demain prest
au point du jour, et aussi seray-je. Et regardez que tout nostre bagage
soit bien attinté. Venez si matin qu'il vous plaist.--Il ne vous fauldra
que monter», repondit l'oncle. Or devez vous savoir que tantdis, puis
souper, que Gerard devisoit avec sa dame, celle qui fut s'en vint en sa
chambre et se mect à escripre unes lettres qui narroient tout du long et
du lé les amours d'elle et Gerard, comme les promesses qu'ilz
s'entrefirent au departir, comment on l'avoit voulue marier, le refus
qu'elle en fist, et le pelerinage qu'elle emprinst pour sauver son
serment et se rendre à luy; la desloyaulté dont elle l'a trouvé saisy,
tant de bouche comme d'oeuvre et de fait. Et pour les causes dessus
dictes, elle se tient pour acquittée et desobligée de son serment et
promesse qu'elle jadiz luy fist. Et s'en va vers son pais, et ne le
quiert jamais ne veoir, ne rencontrer, comme le plus desloyal qu'il est
qui jamais priast femme. Et si emporte la verge qu'elle luy donna, qu'il
avoit desjà mise en main sequestre. Et si se peut bien vanter qu'il a
couché par trois nuiz au plus près d'elle; s'il y a que bien, si le dye,
car elle ne le craint. Escript de la main de celle dont il peut bien