Et disons comment il devint prestre à Romme, et
y chanta sa bien devote première messe, et print congié de son maistre
pour une espace de temps, à venir par deçà à leur ville prendre
possession de sa cure. A l'entrée qu'il fist de leur ville, de son
boneur la première personne qu'il rencontra ce fut sa femme, dont il fut
bien esbahy, je vous en asseure, et encores beaucop plus courroucé. «Et
qu'est ce cy, dist il, m'amye? et on m'avoit dit que vous estiez
trespassée.--Je m'en suis bien gardée, dit elle. Vous le dictes, ce croy
je, pource que l'eussez bien voulu; et vous l'avez bien monstre, qui
m'avez laissée l'espace de cinq ans à tout une grant tas de petiz
enfans.--M'amye, dit il, je suis bien joyeux de vous veoir en bon point,
et en loe Dieu de tout mon cueur; maudit soit qui m'en apporta aultres
nouvelles!--Ainsi soit il, dit elle.--Or je vous diray, m'amye: je ne
puis arrester pour maintenant; force est que je m'en aille hastivement
devers monseigneur de Noyon, pour une besongne qui luy touche; mais au
plus bref que je pourray je vous verray.» Il se partit de sa femme et
prend son chemin devers Noyon, mais Dieu scet s'il pensa en chemin à son
pouvre fait: «Hélas! dit il, or suis je homme deffait et deshonoré:
prestre, clerc, et maryé! Je croy que je suis le premier maleureux de
cest estat.» Il vint devers monseigneur de Noyon, qui fut bien esbahy
d'oyr son cas, et ne le sceut conseiller; si le renvoya à Romme. Quand
il y fut venu, il compta à son maistre, du long et du lé, la verité de
son adventure, qui en fut trèsamèrement desplaisant. Au lendemain il
compta à nostre saint père, en la presence du colliège des cardinaux et
de tout le conseil, l'adventure de son homme qu'il avoit fait curé. Si
fut ordonné qu'il demourra prestre et maryé et curé aussi. Et demourra
avec sa femme en la façon que ung homme maryé honorablement et sans
reprouche, et seront ses enfans legitimez et non bastards, jà soit que
le père soit prestre. Mais au surplus, s'il est trouvé qu'il aille
aultre part que à sa femme, il perdra son benefice. Ainsi qu'avez oy fut
ce galant puny par faulx donner à entendre de son compaignon; et fut
contraint de venir demourer sur son benefice, et qui plus et pis est,
avecques sa femme, dont il se fust bien passé si l'eglise ne l'eust
ordonné.
LA XLIIIe NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE FIENNES.