eusse comme aultresfoiz ay eu, je luy querroye tantost une femme.--J'ay
regardé en moy, dit le curé, pource que je vouldroye le bien et
avancement de vostre filz, que la fille d'un tel, c'est assavoir sa
dame, seroit trop bien sa charge; elle est belle et bonne, et a son
père bien de quoy, et tant en sçay je il luy veult trèsbien aider, et
qui n'est pas pou de chose, c'est ung sage homs, de bon conseil, et bon
amy, et à qui vous et vostre filz ariez ung grand recours et trèsbon
secours. Quen dictes vous?--Certainement, dit le bon homme, pleust à
Dieu que mon filz fust si eureux que d'avoir allyance en si bon hostel;
et certes si je pensoye en aucune fasson qu'il y peust parvenir, et je
fusse fourny d'argent aussi bien que je ne suis mye, je y emploiroye
tous mes amis, car je sçay tout de vray qu'il ne saroit en ceste marche
mieulx trouver.--Je n'ay pas donc, dit le curé, mal choisy. Et que
diriez vous se je parloie de ceste besoigne au père, et je la conduisoie
tellement qu'elle sortist à effect desiré, et je vous faisoie encores
avecques ce le plaisir que de vous prester jusques a vingt frans jusques
à ung terme que nous deviserons?--Par ma foy, dit le bon homme,
monseigneur le curé, vous m'offrez plus de biens que je ne vaulx ne
qu'en moy n'est du deservir. Mais s'ainsi le faisiez, vous m'obligeriez
à tousjours mès à vostre service.--Et vrayement, dit le curé, je ne vous
ay dit chose que je ne face; et faictes bonne chère, car j'espère ceste
besongne mener à fin.» Pour abreger, maistre curé, esperant de joyr de
sa dame quand elle seroit mariée, conduisit les besoignes en tel estat,
et par le moien des vingt francs qu'il presta, ce mariage fut fait et
passé et vint le jour des nopces. Or est il de coustume que l'espousé
et l'espousée se confessent à tel jour. Si vint l'espousé premier, et se
confessa à ce curé; et quand il eut fait, il se tire ung petit arrière
de luy, disant ses oroisons et paternostres. Et véez cy l'espousée qui
se mect à genoux devant le curé et se confesse. Quand elle eut tout dit,
il parla voire si hault que l'espousé, qui n'estoit pas loing,
l'entendit tout du long, et dist: «M'amye, je vous prie qu'il vous
souvienne maintenant, car il est heure, de la promesse que me feistes
n'a guères; vous me promistes que quand vous seriez mariée que je vous
chevaulcheroye; or l'estes vous, Dieu mercy, par mon moien et pourchaz,
et moyennant mon argent que j'ay presté.--Monseigneur le curé, dit elle,
je vous tiendray ce que je vous ay promis, se Dieu plaist, n'en faictes
nulle doubte.--Je vous en mercie», dit il; puis luy bailla l'absolucion,
après ceste devote confession, et la laissa courre. Mais l'espousé, qui
avoit oy ces parolles, n'estoit pas bien à son aise. Toutesfoiz il
n'estoit pas heure de faire le courroucié. Après que toutes les
solennitez de l'eglise furent passées, et que tout fut retourné à
l'ostel, et que l'heure de coucher approuchoit, l'espousé vint à ung