et elle qui beaucop le amoit le vit trèsvoluntiers, et si en elle eust
esté elle luy eust fait aultre chère. Entre aultres parolles il luy dit:
«Hélas! m'amye, vous savez qu'il a jà long temps que point ne sommes
devisez ainsi que nous soulions; je vous requier, s'il est possible,
tantdiz que l'ostel de céens est fort donné à aultre choses que à nous
guetter, que vous me diez où je pourray parler à vous à part.--Ainsi
m'aist Dieu, dit-elle, mon amy, je ne le desire pas mains que vous.
Mais je ne sçay penser ne lieu ne place ou ce se puisse faire; car tout
le monde est par céens, et ne seroit pas en moy d'entrer en ma chambre,
tant y a d'estrangiers logez qui sont venuz à ceste feste; mais je vous
diray que vous ferez. Vous savés bien le grand jardin de céens, faictes
pas?--Saint Jehan! oy, dit-il.--Au coing de ce jardin, dit-elle, a ung
trèsbeau préau bien encloz de belles hayes fortes et espesses, et au
milieu ung grant poirier, qui rendent le lieu umbragé et couvert. Vous
en yrez là et m'attendrez; et tantost que je pourray eschapper je feray
ma diligence de me trouver bientost vers vous.» Elle fut beaucop
merciée, et dit maistre jacobin qu'il s'i en va tout droit. Or devez
vous savoir que ung jeune galant venu à la feste n'estoit guères loing
de ces deux amans, si oy et entendit toute leur conclusion; si s'advisa,
car il savoit le préau, qu'il s'i viendra embuscher pour veoir les armes
qui s'i feront. Il se mist hors de la presse, et tant que piez le
peurent porter, il s'en court devers ce préau, et fist tant qu'il y fut
devant le jacobin. Et luy là venu, il monte sur ce beau poirier qui
estoit large et ramu, trèsbien vestu de fueilles et de poires, et s'i
ambuscha si bien qu'il n'estoit pas aisié à veoir. Il n'y eut guères
esté que véezcy bon jacobin qui attrotte, regardant derrière lui si ame
le suyvoit. Et Dieu scet qu'il fut bien joyeux de se trouver en ce beau
lieu, et se garda bien de lever les yeulx contre mont le poirier; car
jamais ne se fust doubté qu'il y eust quelqu'ung; mais tousjours avoit
l'oeil vers le chemin qu'il estoit venu. Tant regarda qu'il vit sa dame
venir le grand pas, qui fut tost d'emprès luy; si se firent grand feste,
et bon jacobin d'oster sa goune et son scapulaire, et de baiser et
accoler bien serrément la belle nonnain. Ilz vouldrent faire ce pour
quoy ilz estoient venuz: et se mist chacun en point, et en ce faisant
commence à dire la nonnain: «Pardieu, mon amy frère Aubry, je vuil bien
que vous sachez que vous avez aujourd'uy à dame et en vostre
commandement ung des beaulx corps de nostre religion; et je vous en fais
juge, vous le voiez: regardez quelz tetins, quel ventre, quelles
cuisses, et du surplus il n'y a que dire.--Par ma foy, dist frère Aubry,
seur Jehanne m'amye, je cognois ce que vous dictes; mais aussi vous
povez dire que vous avez à serviteur ung des beaulx religieux de tout
nostre ordre, aussi bien fourny de ce que ung homme doit avoir que nul