et vint en sa maison sans soy vanter à sa femme de sa nouvelle
adventure, dont il estoit plus joyeux que s'il eust tout le monde
gaigné. La Dieu mercy, petit de temps après, monseigneur revint en sa
maison, où il fut doulcement receu et de madame humblement bienvenu,
laquelle, après pluseurs devises qui au lit se font, luy compta la
trèsmerveilleuse adventure de son dyamant, et comment il fut de son
corps par le musnier repesché; et, pour abregier, tout du long luy
compta le procès, la fasson et la manière que tint le dit musnier en la
queste du dit dyamant, dont il n'eut guères grand joye, mais se pensa
que le musnier luy avoit baillée belle. A la première fois qu'il
rencontra le bon musnier, il le salua haultement et dist: «Dieu gard,
Dieu gard ce bon pescheur de dyamant!» A quoy le bon musnier respondit:
«Dieu gard, Dieu gard ce recoigneur de cons!--Par nostre Dame! tu dis
vray, dist le seigneur; tays toy de moy et si ferai-je de toy.» Le
musnier fut content, et jamais plus n'en parla; non fist le seigneur,
que je sache.
LA QUARTE NOUVELLE,
PAR MONSEIGNEUR.
Le roy estant naguères en sa ville de Tours, ung gentil compaignon
escossois, archier de son corps et de sa grand garde, s'enamoura
trèsfort d'une trèsbelle et gente damoiselle mariée et mercière, et,
quand il sceut trouver temps et lieu, le mains mal qu'il peut compta son
trèsgracieux et piteux cas, auquel ne fut pas bien respondu à son
avantage, dont il n'estoit pas trop content ne joyeux. Neantmains, car
il avoit la chose fort au cueur, ne laissa pas sa poursuite, ainçois de
plus en plus et trèsaigrement pourchassa tant que la damoiselle, le
voulant enchasser et donner le total congié, luy dist qu'elle
advertiroit son mary du pourchaz deshoneste et damnable qu'il
s'efforçoit d'eschever, ce qu'elle fist tout au long. Le mary, bon et
sage, preu et vaillant, comme après vous sera compté, se courroussa
amerement encontre l'Escossois qui deshonorer le vouloit et sa trèsbonne
femme aussi; et, pour bien se venger de luy et à son aise et sans
reprinse, commenda à sa femme que s'il retournoit plus à sa queste,
qu'elle luy baillast et assignast jour, et, s'il estoit si fol que d'y
comparoir, le blasme qu'il luy pourchassoit luy seroit cher vendu. La
bonne femme, pour obéir au bon plaisir de son mary, dist que si feroit
elle. Il ne demoura guères que le pouvre Escossois amoureux fist tant de
tours qu'il vit en place nostre mercière, qui fut par luy humblement
saluée, et de rechef d'amours si doulcement priée que les requestes du
par avant devoient bien estre enterinées par la conclusion de ceste
piteuse et derrenière; qui le oyoit, jamais femme ne fut plus loyalement
obéye ne servye qu'elle seroit, si de sa grace vouloit passer sa
trèshumble et raisonnable requeste. La belle mercière, recordant de la
leczon que son mary luy bailla, voyant aussi l'heure propice, entre
aultres devises et pluseurs excusations servans à son propos, bailla