d'enfraindre son saufconduyt, il enrageoit tout vif. Pour abreger le
compte, il fist venir devant luy l'Anglois et le François, et dist au
François qu'il deist son cas. Il dist comment il avoit esté prisonnier
d'ung tel de ses gens et s'estoit mis à finance. «Et soubz vostre
saufconduit, monseigneur, je m'en aloye devers ceulx de nostre party
pour querir ma renson. J'ay encontré ce gentil homme cy, aussi de voz
gens; il m'a demandé où je alloye, et se j'avoie saufconduyt. Je luy dys
que oy et luy monstre, et, quand il l'eut leu, il me dist que je l'avoye
rompu, et je luy respondy que non avoie et qu'il ne le saroit monstrer.
Bref, je ne peuz estre oy, et me fut force, si je ne me vouloye laisser
tuer en la place, de me rendre. Et ne sçay cause nulle par quoi il me
doive avoir retenu; si vous en demande justice.» Monseigneur Talebot,
oyant le Françoys, n'estoit pas bien à son aise; néantmains, quand il
eut dit, il dist à l'Anglois: «Que respons-tu à cecy?--Monseigneur,
dist-il, il est bien vray, comme il a dit, que l'encontray et voulu
veoir son saufconduit, lequel de bout en bout et tout au long je leyz,
et perceu tantost qu'il l'avoit enfraint et rompu, et autrement je ne
l'eusse arresté.--Comment le rompit-il? dist monseigneur Talebot; dy
tost.--Monseigneur, pource que en son saufconduit a et avoit «reservé
tout vray habillement de guerre»; et il avoit et a encores ses
aguillettes à armes, qui sont ung habillement de guerre, car sans elles
on ne se peut armer.--Voire, dist monseigneur Talebot, si aguillettes
sont donc vray habillement de guerre? Et ne scez-tu aultre chose par
quoy il puisse avoir enfraint son saufconduyt?--Vrayement, monseigneur,
nenny, respond l'Angloys.--Voyre, villain, de par vostre dyable! dist
monseigneur Talebot, avez vous retenu ung gentilhomme sur mon
saufconduyt pour ses aguillettes? Par saint George, je vous feray
monstrer si ce sont habillemens de guerre.» Alors, tout eschaufé et de
courroux trèsfort esmeu, vint au François, et de son porpoint print deux
aguillettes et à l'Angloys les bailla, et au François une bonne espée
d'armes fist en la main livrer, et puis la belle et bonne sienne du
fourreau tira, et à l'Anglois va dire: «Defendez vous de cest
habillement de guerre que vous dictes, se vous savez.» Et puis dist au
François: «Frappez sur ce villain qui vous a retenu sans cause et sans
raison; on verra comment il se defendra de vostre habillement de guerre.
Si vous l'espergnez, je frapperay sur vostre teste, par saint George!»
Alors le François, voulsist ou non, fut contraint de ferir sur
l'Anglois de l'espée toute nue qu'il tenoit, et le pouvre Angloys s'en
couroit par la chambre le plus qu'il pouvoit, et Talebot après, qui
tousjours faisoit ferir par le François sur l'aultre, et luy disoit:
«Defendez vous, villain, de vostre habillement de guerre.» A la verité,
l'Anglois fut tant batu que presque jusques à la mort, et crya mercy à
Talebot et au Françoys, qui par ce moien fut delivré, et de sa renson