fist tant qu'elle trouva son amy et le salua, lequel tantost la
recogneut, et en la recognoissant son salut luy rendit, et luy dit:
«Vous soyez bien venue! Qui vous ameine à ceste heure, m'amye?--Ma mère,
dit-elle, m'envoye vers vous, et Dieu scet que vous m'avez bien fait
tanser. Elle m'a chargée et commendé que vous me deffacez ce que m'avez
fait, et s'ainsi ne le faictes que jamais je ne retourne vers elle.»
L'aultre entendit tantost la folie et au plustost qu'il peut il se
deffist d'elle et luy dit: «M'amye, je feray trèsvoluntiers ce que me
requerez et que vostre mère veult que je face, c'est bien raison; mais à
ceste heure, je n'y puis bonnement entendre: si vous prie que aiez
pacience meshuy, et demain je besoigneray à vous.» Elle fut contente, et
alors il la fist garder et en une chambre mener, et là trèsbien penser,
dont elle avoit bon mestier, à cause des grans labours et travaulx
qu'elle avoit eu en ceste queste. Vous devez savoir que l'espousée se
donna trèsbien garde et perceut son mary parler à nostre fille grosse,
dont elle n'estoit en riens contente, mais trèstroublée et marrye en
estoit. Si garda ce courroux sans en rien dire jusques ad ce que son
mary s'en vint coucher, et quand il la cuida accoler et baiser et au
surplus faire son devoir et gaigner le chaudeau, elle se vire puis d'ung
costé puis d'aultre, tellement qu'il ne peut parvenir à ses attainctes,
dont il est trèsebahy et courroucé, et luy va dire: «M'amye, pourquoy
faictes vous cecy?--J'ay bien cause, dit-elle, et aussi quelque manière
que vous facez, il ne vous chault guères de moy: vous en avez bien
d'aultres dont il vous chault plus que de moy.--Et non ay, par ma foy!
m'amye, dit-il; je n'ayme en ce monde aultre femme que vous.--Helas!
dit-elle, et ne vous ay-je pas bien veu après disner tenir voz longues
parolles à une femme en la sale en bas? On voit trop bien que c'est,
vous ne vous en sariez excuser ne sauver.--Cela, dit-il, nostre dame!
vous n'avez cause de vous en rien jalouser.» Et adonc luy va tout
compter, comment c'estoit la fille à son maistre de Bruxelles, et qu'il
coucha avecques elle et l'engrossa, et que à ceste cause il vint par
deçà; comment aussi après son departement elle devint si trèsgrosse
qu'on s'en perceut, et comme elle confessa à sa mère qu'il l'avoit
engrossée, et qu'elle l'envoyoit vers luy affin qu'il luy deffist ce
qu'il luy avoit fait, ou aultrement vers elle ne retournast. Quand
nostre homme eut tout au long compté, sa femme ne reprint que l'ung de
ses poinz et dist: «Comment, dit-elle, dictes-vous qu'elle dist à sa
mère que vous aviez couché avec elle?--Oy, par ma foy! dit-il, elle luy
cogneut tout.--Par mon serment! dist-elle, elle monstra bien qu'elle
estoit beste; le charreton de nostre maison a couché avecques moy plus
de quarante nuiz, mais vous n'avez garde que j'en deisse oncques ung
seul mot à ma mère: je m'en suis bien gardée.--Voire, dit-il, de par le
deable! dame, estes-vous telle? Le gibet y ait part! Or allez à vostre