Il fist tant par ses espies qu'il sceust que nostre belle fille
sayoit de l'erbe au coing d'un bois, asseulée de toutes gens; il fut
bien joyeux, et, tout housé encores qu'il estoit, se mist au chemin
devers elle, en la compaignie de ses espies. Et quand il fut près de ce
qu'il queroit, il leur donna congé, et fist tant qu'il se trouva auprès
de sa dame sans ce qu'elle en sceust nouvelle sinon quand el le vit.
S'elle fut soupprinse et esbahie de se veoir tenue et saisie de
monseigneur le conte, ce ne fut pas merveilles; mesme el en changea
coleur, mua semblant, et pour ung peu en perdit la parolle, car elle
savoit par renommée qu'il estoit perilleux et noiseux entre femmes. «Ha
dya! Madamoiselle, dit lors le gentil conte, qui se trouva saisy, vous
estes à merveilles fière. On ne vous peut avoir sans siége. Or pensez
bien de vous defendre, car vous estes venue à la bataille; et avant que
de moy partez vous amenderez à mon vouloir et tout à ma devise des
peines et travaulx que j'ay souffers et enduré tout pour l'amour de
vous.--Helas! Monseigneur, ce dist la jeune fille, toute esbahye et
soupprinse qu'elle estoit, je vous cry mercy! Si j'ay dit ou fait chose
qui vous desplaise, veillez le moy pardonner, et combien que je ne pense
avoir dit ne fait chose dont me devez savoir mal gré. Je ne sçay, moy,
qu'on vous a rapporté. On m'a requis en vostre nom de deshonneur; je n'y
ay point adjousté de foy, car je vous tiens si vertueux que pour rien ne
vouldriez deshonorer une vostre simple subgecte, que je suys, mesmes la
vouldriez bien garder.--Ostez ce procès, dit monseigneur, et soyez seure
que vous ne m'eschapperez si que vous auray monstré le bien que je vous
veil et ce pourquoy j'envoyai par devers vous.» Et, sans plus dire, la
trousse et prend entre ses braz, et dessus ung pou d'herbe mise en tas
qu'elle avoit assemblé, souvyne la coucha et fort et roidde, et
vistement faisoit ses preparatives d'accomplir le desir qu'il avoit de
pieça. La jeune fille, qui se veoit en ce dangier et sur le point de
perdre ce qu'en ce monde trèschier tenoit, s'advisa d'un bon tour, et
dist à monseigneur: «Je me rends à vous: je feray ce qu'il vous plaira
sans nulz refus ne contredictz. Soiez plus content de prendre de moy ce
qu'en vouldrez par mon accord et volunté, qui tant y puis et en doy bien
requerre, que malgré moy vous paroultrez vostre vouloir desordonné.--A
dya! dit monseigneur, que vous m'eschappez, non; que voulez vous
dire?--Je vous requier, dit elle, puis qu'il fault que vous obéisse, que
vous me facez cest honneur que je ne soye pas souillée de voz houseaux,
qui sont et gras et ors, et vous suffise du surplus.--Et comment en
pourray-je faire? ce dit monseigneur.--Je les vous osteray, ce dit elle,
très bien, s'il vous plaist; car, par ma foy, je n'aroye cueur ne
courage de vous faire bonne chière avec ces paillards houseaulx.--C'est
peu de chose des houseaulx, dit monseigneur; mais non pourtant, puis