ce vous n'avez cause de douloir, et n'est ame vivant qui à la verité
vous en puisse ou doyve charger. Mais toutesfoiz il me sembleroit bon,
pour estaindre la noise de pluseurs parolles qui courent aujourduy à
l'occasion de vos dictes amours, que Gerard, vostre serviteur, sans
faire semblant de rien, prensist ung gracieux congié de monseigneur et
de madame, colorant son cas ou d'aller en ung loingtain voyage ou en
quelque guerre apparente; et soubz cest umbre s'en allast quelque part
soy rendre en ung bon hostel, attendant que Dieu et amours aront disposé
sur voz besoignes; et luy arresté, vous face savoir de son estat, et
par son mesme message lui ferez savoir de voz nouvelles. Et par ce point
s'appaisera le bruit qui court à present, et vous entreamerez et
entretiendrez l'un l'aultre par lettres, attendans que mieulx vous
vienne. Et ne pense point pourtant que vostre amour doive cesser, ançois
de bien en mieulx se maintiendra, car par longue espace vous n'avez eu
rapport ne nouvelle, chacun de sa partie, que par la relacion de vos
yeulx, qui ne sont pas les plus eureux de faire les plus seurs jugemens,
mesmes à ceulx qui sont tenuz en l'amoureux servage.» Le gracieux et bon
conseil de ceste gentilfemme fut mis en oeuvre et à effect, car au plus
tost que Katherine sceut trouver la fasson de parler à Gerard son
serviteur, elle en bref luy compta comment l'embusche de leurs amours
estoit descouverte et venue desjà à la cognoissance de monseigneur son
père et de madame sa mère, et de monseigneur et de madame de leans. «Et
créez, dit-elle, avant qu'il soit venu si avant, ce n'a pas esté sans
passer l'abbayt au pourchaz des rapporteurs devant tous ceux de ceans et
de pluseurs voisins. Et pour ce que fortune ne nous est pas si amye de
nous avoir permis longuement vivre si glorieusement que en notre estat
encommancé, et si nous menace, advise, et forge et prepare encores plus
grans destourbiers, si ne pourveons à l'encontre, il nous est mestier,
et utile et necessité d'avoir advis bon et hastif. Et car le cas beaucop
me touche et plus que à vous, quant au dangier qui sourdre s'en
pourroit, sans vous desdire je vous diray mon opinion.» Lors luy va
compter de chef en bout le conseil et advertissement de sa bonne
compaigne. Gerard, desjà une peu adverty de ceste maudicte adventure,
plus desplaisant que si tout le monde fust mort, mis hors de sa dame,
respondit en telle manière: «Ma leale et bonne maistresse, véez cy
vostre humble et obeissant serviteur, qui après Dieu n'ayme rien en ce
monde si lealement que vous; et suis celuy à qui vous povez ordonner et
commender tout ce que bon vous semble, et qui vous vient à plaisir, pour
estre lyement et de bon cueur sans contredit obéye. Mais pensez qu'en ce
monde ne me pourra pis advenir quant il fauldra que j'esloigne vostre
trèsdesirée presence. Helas! s'il fault que je vous laisse, il ne m'est
pas advis que les premières nouvelles que vous arez de moy, ce sera ma