doulente et piteuse mort adjugée et executée à cause de vostre
esloignier; mais, quoy que soit, vous estes celle et la seulle vivante
que je veil obéyr, et ayme trop plus cher la mort en vous obéissant
qu'en ce monde vivre, voire estre perpetuel, non acomplissant vostre
noble commendement. Véez cy le corps de celuy qui est tout vostre;
taillez, roignez, prenez, ostez, faictes tout ce qu'il vous plaist.» Si
Katherine estoit marrye et desplaisante d'oyr son serviteur qu'elle
amoit plus que aultre loyalement, le voiant aussi plus troublé que dire
on ne vous pourroit, il ne le fault que penser et non enquerre; et, si
ne fust pour la grant vertu que Dieu en elle n'avoit pas oblyé de mettre
largement et à comble, elle se fust offerte de luy faire compaignie en
son voyage; mais, esperant de quelque jour recouvrer ad ce que
trèseureusement faillit, le retira de ce propos, et à chef de pièce si
dist: «Mon amy, c'est force que vous eloignez; si vous prie que vous
n'obliez pas celle qui vous a fait le don de son cueur, et affin que
vous aiez courage de mieulx soustenir la trèscrueuse et horrible
bataille que raison vous livre et amaine à vostre doloreux departement,
encontre vostre vouloir et desir, je vous promectz et asseure, sur ma
foy, que tant que je vive aultre homme n'aray espousé de ma volunté et
bon gré que vous, voire tant que me serez loyal et entier, que j'espere
que vous serez. Et en approbacion de ce, je vous donne ceste verge, qui
est d'or esmaillée de larmes noires. Et, si d'adventure on me vouloit
ailleurs marier, je me defendray tellement et tiendray telz termes que
vous devrez de moy estre content, et vous monstreray que je vous veil
tenir sans faulser ma promesse. Or je vous prie que tantost que vous
serez arresté, où que ce soit, que m'escrivez de voz nouvelles, et je
vous rescriray des miennes.--Ha! ma bonne maistresse, ce dit Gerard, or
voy-je bien qu'il fault que je vous abandonne pour ung espace. Je prie à
Dieu qu'il vous doint plus de bien et plus de joye qu'il ne m'appartient
d'en avoir. Vous m'avez fait de vostre grace, non pas que j'en soye
digne, une si haulte et honorable promesse, qu'il n'est pas en moy de
vous en savoir seullement et suffisamment mercier. Et encores ay-je
mains le povoir de le deservir; mais pourtant ne demeure pas que je n'en
aye bien la parfecte cognoissance, et si vous ose bien faire la pareille
promesse, vous suppliant trèshumblement et de tout mon cueur que mon bon
et loyal vouloir me soit reputé de tel et aussi grand merite que s'il
partist de plus homme de bien que moy. Et adieu, ma dame; mes yeulx
demandent leur tour d'audience, qui couppent à ma langue son parler.» Et
à ces motz la baisa, et elle luy trèsserrément, et puis en allèrent
chacun en leur chambre plaindre ses douleurs, Dieu scet! plorant des
yeux, du cueur et de la teste. Au fort, à l'heure qu'il se faillit
monstrer, chacun s'efforça de faire aultre chère de semblant et de
bouche que le desolé cueur ne faisoit.