Et pour abreger, Gerard fist tant
en peu de jours qu'il obtint congé de son maistre, qui ne fut pas trop
difficile à impetrer, non pas pour faulte qu'il eust faicte, mais à
l'occasion des amours de luy et de Katherine, dont les amys d'elle
estoient mal contens, pour tant que Gerard n'estoit pas de si grand lieu
ne de si grande richesse comme elle estoit; et pour ce doubtoient qu'il
ne la fiançast. Ainsi n'en advint pas, et si se partit Gerard, et fist
tant par ses journées qu'il vint ou pays de Barrois, et trouva retenance
en l'ostel d'un grand baron du païs. Et luy arresté, tantost manda et
fist savoir à sa dame de ses nouvelles, qui en fut très joyeuse, et par
son message mesmes luy rescripsit de son estat et du bon vouloir qu'elle
avoit et aroit vers luy tant qu'il veille estre loyal. Or vous fault-il
savoir que, tantost que Gerard fut parti de Brabant, pluseurs
gentilzhommes, escuyers et chevaliers, se vindrent accointer de
Katherine, desirans sur toutes aultres sa bienveillance et sa grace,
qui, durant le temps que Gerard servoit et estoit present, ne se
monstroient n'apparoient, sachant de vray qu'il alloit devant eulx à
l'offerende. Et de fait pluseurs la requisrent à monseigneur son père de
l'avoir en mariage; et entre aultres y en vint ung qui luy fut agréable.
Si manda pluseurs ses amis et sa fille aussi, et leur remonstra comment
il estoit desja ancien, et que ung des grans plaisirs qu'il pourroit en
ce monde avoir, ce seroit de veoir sa fille en son vivant bien allyée.
Leur dist au surplus: «Ung tel gentilhomme m'a fait demander ma fille.
Ce me semble trèsbien son fait, et si vous le me conseillez et ma fille
me veille obéir, il ne sera pas escondit en sa trèshonorable et
raisonable requeste.» Tous ses amis et parens loèrent et accordèrent
beaucop ceste aliance, tant pour les vertuz, richesses et aultres biens
du dit gentilhomme. Et, quant vint à savoir la volunté de la bonne
Katherine, elle se cuidoit excuser de non soy vouloir marier,
remonstrant et allegant pluseurs choses dont elle se cuidoit desarmer et
eslonger ce mariage; mais en la parfin elle fut ad ce menée que s'elle
ne vouloit estre en la male grace de père, de mère, de parens, de amis,
de maistre et de maistresse, qu'elle ne tiendroit point la promesse
qu'elle avoit faite à Gerard son serviteur. Si s'advisa d'un trèsbon
tour pour contenter tous ses parens, sans enfraindre la loyauté qu'elle
veult tenir à son serviteur, et dit: «Mon trèsredoubté seigneur et père,
je ne suis pas celle qui vous vouldroye en manière du monde desobéir,
voire sans la promesse que j'aroie faicte à Dieu mon createur, de qui je
tiens plus que de vous. Or est-il ainsi que je m'estoye en luy resolue,
et proposé et promis luy avoie en mon cueur, non pas de jamais moy
marier, mais de le non faire encore, ne encore, attendant que par sa
grace enseigner me voulsist cest estat, ou aultre plus seur, pour
saulver ma pouvre ame. Neantmains, pource que je suis celle qui pas ne