M. de Bourbon disait d’elle l’autre jour qu’il avait cru voir une reine
au milieu de comédiens.
LA PRINCESSE
Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu
convenable... C’est à cela que je faisais allusion dans mon
invitation... et voici sa réponse: (_Lisant la lettre._) «Madame la
princesse, si j’ai eu l’imprudence de dire devant M. d’Argental que
l’avantage des princesses de théâtre sur les véritables, c’est que nous
ne jouions la comédie que le soir, tandis qu’elles la jouaient toute la
journée, il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu bon mot... et
moi un plus grand encore de l’avoir dit, même en riant; vous me le
prouvez, madame, par la franchise et la gracieuseté de votre lettre.
Elle est si digne, si charmante, elle sent tellement sa véritable
princesse, que je l’ai gardée devant moi sur mon bureau, pour placer la
vérité à côté de la fable. J’avais juré de ne plus aller réciter de vers
dans le monde; ma santé est faible, et cela ajoute beaucoup à mes
fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une pauvre fille comme moi, de
vous refuser? vous me croiriez fière!... Et si je le suis, madame, c’est
de vous prouver à quel point j’ai l’honneur d’être votre humble et
obéissante servante.
«ADRIENNE.»
ATHÉNAÏS
Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense,
n’en écrirait de mieux tournées... (_Prenant la lettre._) puis-je la
garder? Je ne m’étonne plus de la passion de ce pauvre petit
d’Argental... le fils!
L’ABBÉ
Il en perd la tête!
LA PRINCESSE
C’est un mal de famille... car le père, que vous connaissez, avec sa
perruque de l’autre règne et sa figure de l’autre monde, s’étant rendu
chez Adrienne pour lui ordonner de restituer l’esprit de son fils, y a
perdu lui-même le peu qui lui restait...
ATHÉNAÏS
C’est admirable!
L’ABBÉ
Et l’histoire du coadjuteur!
LE PRINCE
Il y a une histoire de coadjuteur?
L’ABBÉ
Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d’une pauvre malade, une
jeune dame charmante, lui donna le bras pour descendre les six étages...
et, comme il pleuvait à verse... la força, malgré elle, à monter dans sa
voiture épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant qui?...
mademoiselle Lecouvreur!
ATHÉNAÏS
C’était elle!
L’ABBÉ
De là, le bruit qu’il avait voulu l’enlever... Le saint homme était
furieux et a juré de lancer sur elle les foudres de l’Église à la
première occasion! aussi, qu’elle ne s’avise pas de mourir!
ATHÉNAÏS
Elle n’en a pas envie, je l’espère. (_Se levant ainsi que la
princesse._) Ainsi, à demain soir! je m’invite... pour la voir, pour
l’entendre.
LA PRINCESSE
Vous viendrez? Nous allons, comme vous, adorer mademoiselle Lecouvreur.
ATHÉNAÏS
Adieu, chère princesse, je m’en vais. (_Tout le monde la reconduit. Elle
fait quelques pas pour sortir, s’arrête et revient._) A propos,
savez-vous la nouvelle?
LA PRINCESSE
Eh! mon Dieu, non! je n’ai à moi que l’abbé, qui ne sait jamais rien!
ATHÉNAÏS
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account