C’est, ma foi, vrai!... que faire?
LA PRINCESSE
J’y ai déjà pensé... J’ai obtenu de M. le lieutenant de police, qui me
doit sa place, que s’il découvrait la demeure de M. de Kalkreutz, on
m’en donnerait d’abord avis à moi, qui vous en préviendrai... Alors,
vous irez trouver M. de Kalkreutz...
MAURICE
Pour me battre avec lui.
LA PRINCESSE
Non, mais pour prendre des arrangements. Le plus simple de tout, serait
de le payer.
MAURICE
Et comment? je n’ai pas soixante-dix mille livres disponibles.
LA PRINCESSE, _avec affection_
Hélas! ni moi non plus!
MAURICE
Et d’ailleurs, je n’accepterais pas. Il n’y a donc qu’un moyen qui me
convienne.
LA PRINCESSE
Lequel?
MAURICE
Laissant la Moscovie, la Suède et la police s’enlacer mutuellement dans
leurs intrigues auxquelles je n’entends rien, je pars demain.
LA PRINCESSE
Vous partez?...
MAURICE
Ce n’était pas mon dessein, mais une partie de mes recrues est déjà
disséminée sur la frontière, et vos huissiers n’auront pas beau jeu
contre mes hulans; c’est là que j’irai me réfugier! le brevet que vous
m’avez obtenu double les droits de mes sergents recruteurs, qui
enrôlaient déjà sans permission; jugez maintenant, avec autorisation et
privilège du roi!... Nous allons lever en masse toute la frontière... Je
sais bien qu’à Versailles et ailleurs il y aura du bruit, des
réclamations, l’ordre de suspendre... Je vais toujours! des notes
diplomatiques?... j’intercepte... des courriers?... je les enrôle dans
ma cavalerie, et lorsqu’enfin les chancelleries européennes seront en
mesure d’échanger des protocoles, la Courlande sera envahie, et les
Tartares de Menzikoff dispersés par les escadrons français, voilà mon
plan.
LA PRINCESSE
Il n’a pas le sens commun.
MAURICE
Permettez! s’il s’agissait de l’ordonnance d’une fête ou d’un quadrille
de bal, je demanderais vos conseils, mais dès qu’il s’agit de cavalerie
et de manœuvres, je prends tout sur moi, cela me regarde.
LA PRINCESSE, _s’animant_
Non, à peine arrivé, vous ne quitterez pas Paris! C’est bien le moins
que vous y restiez quelques jours encore, que votre présence et votre
affection me dédommagent enfin de ce que j’ai fait pour vous et des
jours que je vous ai consacrés.
MAURICE
Princesse, entendons-nous! Je n’ai jamais été ingrat, et dans ce moment
où je vous dois tant, manquer de franchise, serait manquer de
reconnaissance; ce matin déjà, car moi je ne sais pas tromper... je
voulais tout vous dire et vous avouer...
LA PRINCESSE
Que vous en aimez une autre!
MAURICE, _vivement_
Qui ne vous vaut pas, peut-être!
LA PRINCESSE, _en cherchant à se modérer_
Et quelle est-elle?... (_Avec explosion._) Quelle est-elle?...
Répondez... car vous ne savez pas ce dont je suis capable.
MAURICE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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