Raison de plus pour ne pas le croire!... Eh bien! moi, je suis plus
heureuse ou plus habile que vous, j’ai vu cette beauté mystérieuse!...
par un hasard singulier, je me suis trouvée, il y a quelques jours... la
semaine dernière, avec elle... à la campagne... dans une allée sombre...
très-sombre...
L’ABBÉ
En vérité!
LA PRINCESSE
Et sans pouvoir distinguer ses traits... je lui ai entendu prononcer
quelques mots... une phrase que j’ai retenue... celle-ci: «Ne craignez
rien. Votre secret m’a été confié par quelqu’un qui me dit tout.» C’est
à coup sûr fort insignifiant; mais le singulier, le voici: c’est que
l’accent, le son de la voix, me sont parfaitement connus! plus je me le
rappelle, et plus il me semble que maintes fois je l’ai entendu retentir
à mon oreille!
L’ABBÉ
Vous croyez?
LA PRINCESSE
A n’en pouvoir douter!... en quels lieux?... c’est ce que je ne puis
dire! J’avais d’abord pensé à la duchesse de Mirepoix; j’ai couru ce
matin lui faire une visite d’amitié! une voix aigre et pointue qui fait
mal aux nerfs! Je suis passée chez madame de Sancerre, madame de
Beauveau, madame de Vaudemont, pour m’informer de leurs nouvelles,
empressement dont elles ont été vivement touchées, sans compter que
jamais je ne les avais écoutées avec autant d’attention! Quelles
futilités! quel bavardage! quel ennui!... j’ai tout subi! courage
héroïque dépensé en pure perte! ce n’était pas cela! et pourtant c’est
la voix de quelqu’un que je rencontre souvent... habituellement... dans
ma société intime!
L’ABBÉ, _vivement_
Attendez! avez-vous vu la duchesse d’Aumont?
LA PRINCESSE, _de même_
Non, vraiment! et pourquoi?
L’ABBÉ
Une inspiration!... une idée!
LA PRINCESSE, _de même_
En effet!... l’intérêt que, malgré elle, elle paraissait prendre hier au
comte de Saxe! tous ces détails intimes qu’elle savait sur son compte...
et qu’elle était censée tenir de Florestan de Belle-Isle...
L’ABBÉ, _riant_
Son cousin.
LA PRINCESSE
Est-ce que vous croyez aux cousins?
L’ABBÉ
Du tout!... on ne les prend généralement que comme un manteau, contre
l’orage.
SCÈNE VII
LA PRINCESSE, L’ABBÉ, UN DOMESTIQUE
LE DOMESTIQUE, _annonçant_
Madame la duchesse d’Aumont!
LA PRINCESSE, _bas à l’abbé_
C’est le destin qui nous l’envoie! (_Allant au-devant d’elle._) C’est
vous, ma toute belle!... comme vous êtes aimable de nous venir de si
bonne heure... l’abbé et moi nous parlions de vous!... nous allions
peut-être en dire du mal!...
ATHÉNAÏS, _souriant_
Vrai!
L’ABBÉ, _bas à la princesse_
Est-ce la même voix?
LA PRINCESSE, _bas_
On ne peut pas juger sur un mot... faites-la parler... j’étudierai.
L’ABBÉ, _quittant la princesse et passant de l’autre côté à droite, près
d’Athénaïs_
Madame la duchesse tenait tant à entendre mademoiselle Lecouvreur...
ATHÉNAÏS
Oh! oui...
L’ABBÉ
C’est un talent... un talent...
ATHÉNAÏS
Fort!
L’ABBÉ
Tandis que celui de la Duclos...
ATHÉNAÏS
Nul.
LA PRINCESSE, _à part_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account