Plus je l’entends, plus il me semble... Non, non, ce n’est pas possible,
c’est un rêve!... ce n’est pas à mon oreille, c’est dans mon imagination
seule que retentit et vibre encore ce son de voix qui me poursuit
toujours. (_Athénaïs et les autres dames se sont emparées d’Adrienne, la
font asseoir auprès d’elles et causent avec elle à voix basse pendant
que le prince et les autres seigneurs entourent son fauteuil. La
princesse souriant avec ironie._) Quelle idée... en effet, que cette
rivale qu’il me préfère soit une femme de théâtre... une comédienne...
Et pourquoi non?... n’ont-elles point un charme, un prestige qui
n’appartient qu’à elles, le talent et la gloire qui enivrent et ajoutent
à la beauté? (_Regardant Adrienne que tous les seigneurs entourent._)
Dans ce moment encore ne sont-ils pas là tous à l’admirer, à
l’adorer?... Pourquoi n’aurait-il pas fait comme eux? Ah! ce doute est
insupportable... et je veux à tout prix confirmer ou détruire mes
soupçons. (_Se retournant vers le prince qui vient de quitter le
fauteuil d’Adrienne et qui s’approche d’elle._) Eh bien! ne
commençons-nous pas?
(_Adrienne se lève en signe d’assentiment et passe à droite près de
Michonnet._)
LE PRINCE
Il nous faut attendre le comte de Saxe, puisqu’on assure qu’il viendra.
LA PRINCESSE, _regardant du côté d’Adrienne_
Je crois que vous nous flattez d’un vain espoir, il ne viendra pas. (_A
part._) Elle a tressailli... elle écoute...
LE PRINCE
Qui vous le fait croire?... qui vous l’a dit? puisqu’il est libre...
libre par les mains de l’amour.
LA PRINCESSE, _à part, observant Adrienne_
Elle tressaille encore! serait-ce elle qui l’aurait délivré? (_Haut._)
Je n’ai pas voulu tout à l’heure troubler vos espérances, ni attrister
ces dames, mais vous savez qu’il s’est battu.
ADRIENNE, _à part_
Battu!
LA PRINCESSE, _à part_
Elle se rapproche. (_Haut._) Et l’abbé, qui sait tout, m’a dit... que le
comte était blessé dangereusement.
L’ABBÉ, _étonné_
Moi!
LA PRINCESSE, _bas à l’abbé_
Taisez-vous! (_Poussant un cri et courant près d’Adrienne qui vient de
tomber évanouie dans un fauteuil._) Mademoiselle Lecouvreur se trouve
mal!
MICHONNET, _se précipitant vers elle_
Adrienne!
LA BARONNE _et_ LA MARQUISE, _passant derrière le fauteuil d’Adrienne_
Ah! mon Dieu!
ADRIENNE, _revenant à elle_
Ce n’est rien... l’éclat des lumières... la chaleur du salon. (_A la
princesse qui lui fait respirer un flacon que l’abbé vient de lui
donner._) Merci, madame, que de bontés! (_Rencontrant ses yeux._) Quel
regard!
UN DOMESTIQUE, _annonçant_
Monsieur le comte de Saxe.
(_Tout le monde pousse un cri de surprise; les dames quittent le
fauteuil d’Adrienne et vont au-devant du comte._)
ADRIENNE, _faisant un geste de joie_
Ah!
(_Elle veut s’élancer vers lui, Michonnet la retient par la main;
la princesse et Adrienne restent un moment les yeux fixés l’une sur
l’autre._)
MICHONNET, _à voix basse_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account