Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
General
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
La vieille Annou marchait ensuite, flanquée d’un énorme parapluie bleu
et de Jacques, qui était bien content d’aller à Lyon, mais qui sanglotait
tout de même.… Enfin, à la queue de la colonne, venait Daniel Eyssette,
portant gravement la cage du perroquet et se retournant a chaque pas du
côté de sa chère fabrique.
A mesure que la caravane s’éloignait, l’arbre se haussait tant qu’il
pouvait par-dessus les murs du jardin pour la voir encore une fois.…
Les platanes agitaient leurs branches en signe d’adieu.…
Daniel Eyssette, très ému, leur envoyait des baisers à tous,
furtivement et du bout des doigts.
Je quittai mon île le 30 septembre 18..
II
LES BABAROTTES¹
¹ Nom donné dans le Midi à ces gros insectes noirs que l’Académie
appelle des “blattes” et les gens du Nord des “cafards.”
Ô choses de mon enfance, quelle impression vous m’avez laissée!
Il me semble que c’est hier, ce voyage sur le Rhône. Je vois encore
le bateau, ses passagers, son équipage; j’entends le bruit des roues
et le sifflet de la machine.
La traversée dura trois jours. Je passai ces trois jours sur le pont,
descendant au salon juste pour manger et dormir. Le reste du temps,
j’allais me mettre [11] à la pointe extrême du navire, près de l’ancre.
Il y avait là une grosse cloche qu’on sonnait en entrant dans les villes:
je m’asseyais à côté de cette cloche, parmi des tas de corde; je posais
la cage du perroquet entre mes jambes et je regardais. Le Rhône était si
large qu’on voyait à peine ses rives. Moi, je l’aurais voulu encore plus
large, et qu’il se fût appelé: la mer! Le ciel riait, l’onde était verte.
De grandes barques descendaient au fil de l’eau. Des mariniers, guéant
le fleuve à dos de mules, passaient près de nous en chantant. Parfois le
bateau longeait quelque île bien touffue, couverte de joncs et de saules.
“Oh! une île déserte!” me disais-je dans moi-même; et je la dévorais
des yeux.…
Vers la fin du troisième jour je crus que nous allions avoir un grain.
Le ciel s’était assombri subitement; un brouillard épais dansait sur le
fleuve; à l’avant du navire on avait allumé une grosse lanterne, et,
ma foi! en présence de tous ces symptômes, je commençais à être ému.…
A ce moment quelqu’un dit près de moi: “Voilà Lyon!” En même temps
la grosse cloche se mit à sonner. C’était Lyon.
Confusément, dans le brouillard, je vis des lumières briller sur l’une
et sur l’autre rive; nous passâmes sous un pont, puis sous un autre.
A chaque fois l’énorme tuyau de la machine se courbait en deux et
crachait des torrents d’une fumée noire qui faisait tousser.…
Sur le bateau, c’était un remue-ménage effroyable. Les passagers
cherchaient leurs malles; les matelots juraient en roulant des
tonneaux dans l’ombre. Il pleuvait.…
[12]
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account