Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Je me hâtai de rejoindre ma mère, Jacques et la vieille Annou qui
étaient à l’autre bout du bateau, et nous voilà tous les quatre, serres
les uns contre les autres, sous le grand parapluie d’Annou, tandis que
le bateau se rangeait au long des quais et que le débarquement
commençait.
En vérité, si M. Eyssette n’était pas venu nous tirer de là, je crois
que nous n’en serions jamais sortis. Il arriva vers nous, à tâtons,
en criant: “Qui vive! qui vive!” A ce “qui vive!” bien connu,
nous répondîmes: “amis!” tous les quatre à la fois avec un bonheur,
un soulagement inexprimable.… M. Eyssette nous embrassa lestement,
prit mon frère d’une main, moi de l’autre, dit aux femmes:
“Suivez-moi!” et en route.… Ah! c’était un homme.
Nous avancions avec peine; il faisait nuit, le pont glissait.
A chaque pas, on se heurtait contre des caisses.… Tout à coup,
du bout du navire, une voix stridente, éplorée, arrive jusqu’à nous:
“Robinson! Robinson!” disait la voix.
— Ah! mon Dieu! m’écriai-je, et j’essayai de dégager ma main de celle
de mon père; lui, croyant que j’avais glissé, me serra plus fort.
La voix reprit, plus stridente encore et plus éplorée: “Robinson!
mon pauvre Robinson!” Je fis un nouvel effort pour dégager ma main.
“Mon perroquet, criai-je, mon perroquet!”
— Il parle donc maintenant? dit Jacques.
S’il parlait, je crois bien; on l’entendait d’une lieue.…
Dans mon trouble, je l’avais oublié, là-bas, tout au bout du navire,
près de l’ancre, et c’est de [13] là qu’il m’appelait, en criant
de toutes ses forces: “Robinson! Robinson! mon pauvre Robinson!”
Malheureusement nous étions loin; le capitaine criait: “Dépêchons-nous.”
— Nous viendrons le chercher demain, dit M. Eyssette, sur les bateaux,
rien ne s’égare. Et là-dessus, malgré mes larmes, il m’entraîna.
Le lendemain on l’envoya chercher et on ne le trouva pas.…
Jugez de mon désespoir: plus de Vendredi! plus de perroquet! Robinson
n’était plus possible. Le moyen, d’ailleurs, avec la meilleure volonté
du monde, de se forger une île déserte, à un quatrième étagé,
dans une maison sale et humide, rue Lanterne?
Oh! l’horrible maison! Je la verrai toute ma vie: l’escalier était
gluant; la cour ressemblait à un puits; le concierge, un cordonnier,
avait son échoppe contre la pompe.… C’était hideux.
Le soir de notre arrivée, la vieille Annou, en s’installant dans la
cuisine, poussa un cri de détresse:
— Les babarottes! les babarottes!
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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