Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Le soir de mon Arrivée, la tramontane faisait rage depuis le matin;
et quoiqu’on fût au printemps, le petit Chose, perché sur le haut de
la diligence, sentit, en entrant dans la ville, le froid le saisir
jusqu’au cœur.
Les rues étaient noires et désertes.… Sur la place d’armes quelques
personnes attendaient la voiture, [30] en se promenant de long en
large devant le bureau mal éclaire.
A peine descendu de mon impériale, je me fis conduire au collège,
sans perdre une minute. J’avais hâte d’entrer en fonctions.
Le collège n’était pas loin de la place; après m’avoir fait traverser deux
ou trois larges rues silencieuses, l’homme qui portait ma malle s’arrêta
devant une grande maison, où tout semblait mort depuis des années.
— C’est ici, dit-il, en soulevant l’énorme marteau de la porte.…
Le marteau retomba lourdement, lourdement.… La porte s’ouvrit
d’elle-même.… Nous entrâmes.
J’attendis un moment sous le porche, dans l’ombre.
L’homme posa sa malle par terre, je le payai, et il s’en alla bien
vite.… Derrière lui l’énorme porte se referma lourdement, lourdement.…
Bientôt après, un portier somnolent, tenant à la main une grosse lanterne,
s’approcha de moi.
— Vous êtes sans doute un nouveau? me dit-il d’un air endormi.
Il me prenait pour un élevé.…
— Je ne suis pas un élève du tout, je viens ici comme maître d’étude;
conduisez-moi chez le principal.…
Le portier parut surpris; il souleva sa casquette et m’engagea à entrer
une minute dans sa loge. Pour le quart d’heure M. le principal était
à l’église avec les enfants. On me mènerait chez lui dès que la prière
du soir serait terminée.
[31]
Dans la loge on achevait de souper. Un grand beau gaillard à
moustaches blondes dégustait un verre d’eau-de-vie aux côtés d’une petite
femme maigre, souffreteuse, jaune comme un coing et emmitouflée
jusqu’aux oreilles dans un châle fane.
— Qu’est-ce donc, monsieur Cassage? demanda l’homme aux moustaches.
— C’est le nouveau maître d’étude, répondit le concierge en me
désignant.… Monsieur est si petit que je l’avais d’abord pris pour
un élève.
— Le fait est, dit l’homme aux moustaches en me regardant par-dessus son
verre, que nous avons ici des élèves plus grands et même plus âgés que
monsieur.… Veillon l’aîné, par exemple.
— Et Crouzat, ajouta le concierge.
— Et Soubeyrol…, fit la femme.
Là-dessus, ils se mirent à parler entre eux à voix basse, le nez dans
leur vilaine eau-de-vie et me dévisageant du coin de l’œil.…
Au-dehors, on entendait la tramontane qui ronflait et les voix criardes
des élèves récitant les litanies à la chapelle.
Tout à coup une cloche sonna; un grand bruit de pas se fit dans les
vestibules.
— La prière est finie, me dit M. Cassage en se levant; montons chez le
principal.
Il prit sa lanterne, et je le suivis.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
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