Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
General
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Le collège me sembla immense.… D’interminables corridors,
de grands porches, de larges escaliers avec des rampes de fer ouvragé…,
tout cela vieux, noir, enfumé.… Le portier m’apprit qu’avant
89 la maison était une école de marine, et qu’elle avait compté
[32] jusqu’à huit cents élèves, tous de la plus grande noblesse.
Comme il achevait de me donner ces précieux renseignements, nous arrivions
devant le cabinet du principal.… M. Cassage poussa doucement une
double porte matelassée, et frappa deux fois contre la boiserie.
Une voix répondit: “Entrez!” Nous entrâmes.
C’était un cabinet de travail très vaste, à tapisserie verte.
Tout au fond, devant une longue table, le principal écrivait à la
lueur pâle d’une lampe dont l’abat-jour était complètement baissé.
— Monsieur le principal, dit le portier en me poussant devant lui,
voici le nouveau maître qui vient pour remplacer M. Serrières.
— C’est bien, fit le principal sans se déranger.
Le portier s’inclina et sortit. Je restai debout au milieu de la pièce,
en tortillant mon chapeau entre mes doigts.
Quand il eut fini d’écrire, le principal se tourna vers moi, et je pus
examiner à mon aise sa petite face pâlotte et sèche, éclairée par deux
yeux froids, sans couleur. Lui, de son côté, releva, pour mieux me voir,
l’abat-jour de la lampe et accrocha un lorgnon à son nez.
— Mais c’est un enfant! s’écria-t-il en bondissant sur son fauteuil.
Que veut-on que je fasse d’un enfant?
Pour le coup le petit Chose eut une peur terrible; il se voyait déjà dans
la rue, sans ressources.… Il eut à peine la force de balbutier deux où
trois mots et de remettre au principal la lettre d’introduction qu’il
avait pour lui.
[33]
Le principal prit la lettre, la lut, la relut, la plia, la déplia,
la relut encore, puis il finit par me dire que, grâce à la recommandation
toute particulière du recteur et à l’honorabilité de ma famille, il
consentait à me prendre chez lui, bien que ma grande jeunesse lui fit
peur. Il entama ensuite de longues déclamations sur la gravité de mes
nouveaux devoirs; mais je ne l’écoutais plus. Pour moi, l’essentiel était
qu’on ne me renvoyât pas.… On ne me renvoyât pas; j’étais heureux,
follement heureux. J’aurais voulu que M. le principal eût mille mains
et les lui embrasser toutes.
Un formidable bruit de ferraille m’arrêta dans mes effusions.
Je me retournai vivement et me trouvai en face d’un long personnage,
à favoris rouges, qui venait d’entrer dans le cabinet sans qu’on l’eût
entendu: c’était le surveillant général.
Sa tête penchée sur l’épaule, il me regardait avec le plus doux des
sourires, en secouant un trousseau de clefs de toutes dimensions, suspendu
à son index. Le sourire m’aurait prévenu en sa faveur, mais les clefs
grinçaient avec un bruit terrible—frinc! frinc! frinc!—qui me fit peur.
— Monsieur Viot, dit le principal, voici le remplaçant de M. Serrières
qui nous arrive.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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