Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Quand le dernier nom du dernier accessit de la dernière classe eut été
proclamé, la musique entama une marche triomphale et tout se débanda.
Tohu-bohu général. Les professeurs descendaient de l’estrade;
les élèves sautaient par-dessus les bancs pour rejoindre leurs familles.
On s’embrassait, on s’appelait: “Par ici! par ici!” Les sœurs des
lauréats s’en allaient fièrement avec les couronnes de leurs frères.
Les robes de soie faisaient froufrou à travers les chaises.…
Immobile derrière un arbre, le petit Chose regardait passer les
belles dames, tout malingre et tout honteux dans son habit râpé.
Peu à peu la cour se désemplit. A la grande porte le principal et
M. Viot se tenaient debout, caressant les enfants au passage, saluant
les parents jusqu’à terre.
— A l’année prochaine, à l’année prochaine! disait le principal avec
un sourire câlin.… Les clefs de M. Viot tintaient, pleines de caresses:
“Frinc! frinc! frinc! Revenez-nous, petits amis, revenez-nous l’année
prochaine.”
Les enfants se laissaient embrasser négligemment et franchissaient
l’escalier d’un bond.
Ceux-là montaient dans de belles voitures armoriées, où les mères
et les sœurs rangeaient leurs [59] grandes jupes pour faire place.
Clic! clac!… En route vers le château!… Nous allons revoir nos parcs,
nos pelouses, l’escarpolette sous les acacias, les volières pleines
d’oiseaux rares, la pièce d’eau avec ses deux cygnes, et la grande
terrasse à balustres où l’on prend des sorbets le soir.
D’autres grimpaient dans les chars à banc de famille, à côté de jolies
filles riant à belles dents sous leurs coiffes blanches. La fermière
conduisait avec sa chaîne d’or autour du cou.… Fouette, Mathurine!
On retourne à la métairie; on va manger des beurrées, boire du vin muscat,
chasser à la pipée tout le jour et se rouler dans le foin qui sent bon!
Heureux enfants! ils s’en allaient, ils partaient tous.… Ah! si j’avais
pu partir moi aussi.…
[Le Petit Chose breaks down owing to overstrain, and for five days is in
a state of delirium. His farther, who happens to be in the neighbourhood
on business, comes to see his son, and finding him in this precarious
state, watches over him day and night till called away.]
VII
LES YEUX NOIRS
Après le départ de son père l’enfant reste seul, tout seul,
dans l’infirmerie silencieuse. Il passe ses journées à lire,
au fond d’un grand fauteuil roulé près de la fenêtre. Matin et soir la
jaune Mme Cassage lui apporte ses repas. Le petit Chose boit le bol
[60] de bouillon, suce l’aileron de poulet et dit: “Merci, madame!”
Rien de plus. Cette femme sent les fièvres et lui déplaît;
il ne la regarde même pas.
Or, un matin qu’il vient de faire son: “Merci, madame!” tout sec comme
à l’ordinaire, sans quitter son livre des yeux, il est bien étonné
d’entendre une voix très douce lui dire: “Comment cela va-t-il
aujourd’hui, monsieur Daniel?”
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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