Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Personne ne se sentait en train, ni les maîtres, ni les élèves.
On s’installait.… Apres deux grands mois de repos le collège avait peine
à reprendre son va-et-vient habituel. Les rouages fonctionnaient mal,
comme ceux d’une vieille horloge, qu’on aurait depuis longtemps [64]
oublié de remonter. Peu à peu, cependant, grâce aux efforts de M. Viot,
tout se régularisa. Chaque jour, aux mêmes heures, au son de la même
cloche, on vit de petites portes s’ouvrir dans les cours et des litanies
d’enfants, roides comme des soldats de bois, défiler deux par deux
sous les arbres, puis la cloche sonnait encore,— ding! dong!—et les
mêmes enfants repassaient par les mêmes petites portes! Ding! dong!
Levez-vous. Ding! dong! Couchez-vous. Ding! dong! Instruisez-vous!
Ding! dong! Amusez-vous. Et cela pour toute l’année.
Les terribles _moyens_ m’étaient revenus de leurs montagnes, plus laids,
plus âpres, plus féroces que jamais. De mon côté j’étais aigri; la maladie
m’avait rendu nerveux et irritable; je ne pouvais plus rien supporter.…
Trop doux l’année précédente, je fus trop sévère cette année.…
Mes punitions, à force d’être prodiguées, se déprécièrent.…
Un jour je me sentis débordé. Mon étude était en pleine révolte,
et je n’avais plus de munitions pour faire tête à l’émeute.
Je me vois encore dans ma chaire, me débattant au milieu des cris,
des pleurs, des grognements, des sifflements: “A la porte!… Cocorico!…
kss!… kss!… Plus de tyrans!… C’est une injustice!…” Et les
encriers pleuvaient, et les papiers mâches s’épataient sur mon pupitre,
et tous ces petits monstres,—sous prétexte de réclamations,—
se pendaient par grappes à ma chaire avec des hurlements de macaques.
Quelquefois, en désespoir de cause, j’appelais M. Viot à mon secours.
Pensez quelle humiliation!
[65]
Quand il entrait dans l’étude brusquement, ses clefs à la main,
c’était comme une pierre dans un étang de grenouilles: en un clin
d’œil tout le monde se retrouvait à sa place, le nez sur les livres.
On aurait entendu voler une mouche. M. Viot se promenait un moment de
long en large, agitant son trousseau de ferraille, au milieu du grand
silence; puis il me regardait ironiquement et se retirait sans rien dire.
J’étais très malheureux. Les maîtres, mes collèges, se moquaient de moi.
Le principal, quand je le rencontrais, me faisait mauvais accueil.
Pour m’achever survint l’affaire Boucoyran.
Quinze ans, de gros pieds, de gros yeux, de grosses mains, pas de front,
et l’allure d’un valet de ferme: tel était M. le marquis de Boucoyran,
terreur de la cour des moyens et seul échantillon de la noblesse cévenole
au collège de Sarlande. Le principal tenait beaucoup à cet élève,
en considération du vernis aristocratique que sa présence donnait à
l’établissement. Dans le collège on ne l’appelait que “le marquis”.
Tout le monde le craignait; moi-même je subissais l’influence générale
et je ne lui parlais qu’avec des ménagements.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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