Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
“Adieu, Jacques! J’en aurais encore long à te dire, mais je sens que je
vais pleurer, et les élèves me regardent. Dis à maman que j’ai glissé du
haut d’un rocher, en promenade, ou bien que je me suis noyé en patinant.
Enfin, invente une histoire, mais que la pauvre femme ignore toujours
la vérité!… Embrasse-la bien pour moi, cette chère mère; embrasse
aussi notre père, et tâche de leur reconstruire vite un beau foyer.…
Adieu! je t’aime. Souviens-toi de Daniel.”
[89]
Cette lettre terminée, le petit Chose en commence tout de suite
une autre ainsi conçue:
“Monsieur l’abbé, je vous prie de faire parvenir à mon frère Jacques
la lettre que je laisse pour lui. En même temps vous couperez de mes
cheveux, et vous en ferez un petit paquet pour ma mère.
“Je vous demande pardon du mal que je vous donne. Je me suis tué parce
que j’étais trop malheureux ici. Vous seul, monsieur l’abbé, vous êtes
toujours montré très bon pour moi. Je vous en remercie.
DANIEL EYSSETTE.”
Après quoi le petit Chose met cette lettre et celle de Jacques sous
une même grande enveloppe, avec cette suscription: “La personne qui
trouvera la première mon cadavre est priée de remettre ce pli entre
les mains de l’abbé Germane.” Puis, toutes ses affaires terminées,
il attend tranquillement la fin de l’étude.
L’étude est finie. On soupe, on fait la prière, on monte au dortoir.
Les élèves se couchent; le petit Chose se promène de long en large,
attendant qu’ils soient endormis. Voici maintenant M. Viot qui fait
sa ronde; on entend le cliquetis mystérieux de ses clefs et le bruit
sourd de ses chaussons sur le parquet.—“Bonsoir, monsieur Viot!” murmure
le petit Chose.—“Bonsoir, monsieur!” répond à voix basse le surveillant;
puis il s’éloigne, ses pas se perdent dans le corridor.
Le petit Chose est seul. Il ouvre la porte doucement et s’arrête un
instant sur le palier pour voir si les [90] élèves ne se réveillent pas;
mais tout est tranquille dans le dortoir.
Alors il descend, il se glisse à petits pas dans l’ombre des murs.
La tramontane souffle tristement par-dessous les portes. Au bas
de l’escalier, en passant devant le péristyle, il aperçoit la cour
blanche de neige, entre ses quatre grands corps de logis tout sombres.
Là-haut, près des toits, veille une lumière: c’est l’abbé Germane qui
travaille à son grand ouvrage. Du fond de son cœur le petit Chose
envoie un dernier adieu, bien sincère à ce bon abbé; puis il entre dans
la _salle_.…
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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