Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
La circulation se fait-elle avec trop de vitesse? l'âme ne peut
dormir. L'âme est-elle trop agitée, le sang ne peut se calmer;
il galope dans les veines avec un bruit qu'on entend: telles sont
les deux causes réciproques de l'insomnie. Une seule frayeur dans
les songes fait battre le coeur à coups redoublés, et nous arrache
à la nécessité, ou à la douceur du repos, comme feraient une vive
douleur ou des besoins urgents. Enfin, comme la seule cessation des
fonctions de l'âme procure le sommeil, il est, même pendant la veille
(qui n'est alors qu'une demi-veille), des sortes de petits sommeils
d'âme très fréquents, des rêves à la Suisse, qui prouvent que l'âme
n'attend pas toujours le corps pour dormir; car si elle ne dort pas
tout-à-fait, combien peu s'en faut-il! puisqu'il lui est impossible
d'assigner un seul objet auquel elle ait prêté quelque attention,
parmi cette foule innombrable d'idées confuses, qui comme autant de
nuages remplissent, pour ainsi dire, l'atmosphère de notre cerveau.
L'opium a trop de rapport avec le sommeil qu'il procure, pour ne
pas le placer ici. Ce remède enivre, ainsi que le vin, le café,
et chacun à sa manière, et suivant sa dose. Il rend l'homme heureux
dans un état qui semblerait devoir être le tombeau du sentiment,
comme il est l'image de la mort. Quelle douce léthargie! L'âme n'en
voudrait jamais sortir. Elle était en proie aux plus grandes douleurs;
elle ne sent plus que le seul plaisir de ne plus suffrir et de jouir
de la plus charmante tranquillité. L'opium change jusqu'à la volonté;
il force l'âme qui voulait veiller et se divertir, d'aller se mettre
au lit malgré elle. Je passe sous silence l'histoire des poisons.
C'est en fouettant l'imagination, que le café, cet antidote du vin,
dissipe nos maux de tête et nos chagrins, sans nous en ménager,
comme cette liqueur, pour le lendemain.
Contemplons l'âme dans ses autres besoins.
Le corps humain est une machine qui monte elle-même ses ressorts;
vivante image du mouvement perpétuel. Les aliments entretiennent
ce que la fièvre excite. Sans eux l'âme languit, entre en fureur et
meurt abattue. C'est une bougie dont la lumière se ranime, au moment
de s'éteindre. Mais nourrissez le corps, versez dans ses tuyaux des
sucs vigoureux, des liqueurs fortes; alors l'âme généreuse comme
elles s'arme d'un fier courage et le soldat que l'eau eut fait fuir,
devenu féroce, court gaiement à la mort au bruit des tambours. C'est
ainsi que l'eau chaude agite un sang que l'eau froide eut calmé.
Quelle puissance d'un repas! La joie renaît dans un coeur triste;
elle passe dans l'âme des convives qui l'expriment par d'aimables
chansons, où les Français excellent. Le mélancolique seul est accablé,
et l'homme d'étude n'y est plus propre.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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