Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Il ne faut que des yeux pour voir l'influence nécessaire de l'âge
sur la raison. L'âme suit les progrès du corps, comme ceux de
l'éducation. Dans le beau sexe, l'âme suit encore la délicatesse du
tempérament: de là cette tendresse, cette affection, ces sentiments
vifs, plutôt fondés sur la passion que sur la raison, ces préjugés,
ces superstitions, dont la forte empreinte peut à peine s'effacer,
etc. L'homme, au contraire, dont le cerveau et les nerfs participent
de la fermeté de tous les solides, a l'esprit, ainsi que les traits
du visage, plus nerveux: l'éducation, dont manquent les femmes,
ajoute encore de nouveaux degrés de force à son âme. Avec de tels
secours de la nature et de l'art, comment ne serait-il pas plus
reconnaissant, plus généreux, plus constant en amitié, plus ferme dans
l'adversité? etc. Mais, suivant à peu près la pensée de l'auteur des
Lettres sur les Physionomies, qui joint les grâces de l'esprit et du
corps à presque tous les sentiments du cœur les plus tendres et les
plus délicats ne doit point nous envier une double force, qui ne semble
avoir été donnée à l'homme, l'une, que pour se mieux pénétrer des
attraits de la beauté, l'autre, que pour mieux servir à ses plaisirs.
Il n'est pas plus nécessaire d'être aussi grand physionomiste que cet
auteur pour deviner la qualité de l'esprit par la figure ou la forme
des traits, lorsqu'ils sont marqués jusqu'à un certain point, qu'il ne
l'est d'être grand médecin pour connaître un mal accompagné de tous
ses symptomes évidents. Examinez les portraits de Locke, de Steele,
de Boerhaave, de Maupertuis, etc. vous ne serez point surpris de leur
trouver des physionomies fortes, des yeux d'aigle. Parcourez-en une
infinité d'autres, vous distinguerez toujours le beau du grand génie,
et même souvent l'honnête homme du fripon. On a remarqué, par exemple,
qu'un poète célèbre réunit (dans son portrait) l'air d'un filou,
avec le feu de Prométhée.
L'histoire nous offre un mémorable exemple de la puissance de l'air. Le
fameux Duc de Guise était si fort convaincu que Henri III. qui l'avait
eu tant de fois en son pouvoir, n'oserait jamais l'assassiner, qu'il
partit pour Blois. Le chancelier Chyverni apprenant son départ,
s'écria: voilà un homme perdu! Lorsque sa fatale prédiction fut
justifiée par l'événement, on lui en demanda la raison. Il y a vingt
ans, dit-il, que je connais le Roi; il est naturellement bon et même
faible; mais j'ai observé qu'un rien l'impatiente et le met en fureur,
lorsqu'il fait froid.
Tel peuple a l'esprit lourd et stupide; tel autre l'a vif, léger,
pénétrant. D'où cela vient-il, si ce n'est en partie, et de la
nourriture qu'il prend, et de la semence de ses pères, [2] et de ce
chaos de divers éléments qui nagent dans l'immensité de l'air? L'esprit
a, comme le corps, ses maladies épidémiques et son scorbut.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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