Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Tel est l'empire du climat, qu'un homme qui en change se ressent
malgré lui de ce changement. C'est une plante ambulante, qui s'est
elle-même transplantée; si le climat n'est plus le même, il est juste
qu'elle dégénère, ou s'améliore.
On prend tout encore de ceux avec qui l'on vit, leurs gestes, leurs
accents, etc., comme la paupière se baisse à la menace du coup dont
on est prévenu, ou par la même raison que le corps du spectateur imite
machinalement, et malgré lui, tous les mouvements d'un bon pantomime.
Ce que je viens de dire prouve que la meilleure compagnie pour un homme
d'esprit, est la sienne, s'il n'en trouve une semblable. L'esprit se
rouille avec ceux qui n'en ont point, faute d'être exercé: à la paume,
on renvoie mal la balle à qui la sert mal. J'aimerais mieux un homme
intelligent, qui n'aurait eu aucune éducation, que s'il en eût eu une
mauvaise, pourvu qu'il fût encore assez jeune. Un esprit mal conduit
est un acteur que la province a gâté.
Les divers états de l'âme sont donc toujours corrélatifs à ceux du
corps. Mais, pour mieux démontrer toute cette dépendance et ses causes,
servons-nous ici de l'anatomie comparée; ouvrons les entrailles de
l'homme et des animaux. Le moyen de connaître la nature humaine, si
l'on n'est éclairé par un juste parallèle de la structure des uns et
des autres!
En général, la forme et la composition du cerveau des quadrupèdes est
à peu près la même que dans l'homme. Même figure, même disposition
partout; avec cette différence essentielle, que l'homme est de tous
les animaux celui qui a le plus de cerveau, et le cerveau le plus
tortueux, en raison de la masse de son corps. Ensuite le singe, le
castor, l'éléphant, le chien, le renard, le chat, etc., voilà les
animaux qui ressemblent le plus à l'homme; car on remarque aussi chez
eux la même analogie graduée, par rapport au corps calleux, dans lequel
Lancisi avait établi le siège de l'âme, avant feu Mr. de la Peyronnie,
qui cependant a illustré cette opinion par une foule d'expériences.
Après tous les quadrupèdes, ce sont les oiseaux qui ont le plus de
cerveau. Les poissons ont la tête grosse; mais elle est vide de sens,
comme celle de bien des hommes. Ils n'ont point de corps calleux et
fort peu de cerveau, lequel manque aux insectes.
Je ne me répandrai point en un plus long détail des variétés de la
nature, ni en conjectures, car les unes et les autres sont infinies,
comme on en peut juger en lisant les seuls traités de Willis, De
Cerebro, et De Anima Brutorum.
Je conclûrai seulement ce qui s'en suit clairement de ces
incontestables observations: 1o que plus les animaux sont farouches,
moins ils ont de cerveau; 2o que ce viscère semble s'agrandir, en
quelque sorte, à proportion de leur docilité; 3o qu'il y a ici une
singulière condition imposée éternellement par la nature, qui est
que plus on gagnera du côté de l'esprit, plus on perdra du côté de
l'instinct. Lequel l'emporte, de la perte ou du gain?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account