Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Le corps n'est qu'une horloge, dont le nouveau chyle est l'horloger. Le
premier soin de la nature, quand il entre dans le sang, c'est d'y
exciter une sorte de fièvre, que les chimistes, qui ne rêvent que
fourneaux, ont dû prendre pour une fermentation. Cette fièvre procure
une plus grande filtration d'esprits, qui machinalement vont animer
les muscles et le coeur, comme s'ils y étaient envoyés par ordre de
la volonté.
Ce sont donc les causes ou les forces de la vie qui entretiennent
ainsi durant 100 ans le mouvement perpétuel des solides et des
fluides, aussi nécessaire aux uns qu'aux autres. Mais qui peut dire
si les solides contribuent à ce jeu, plus que les fluides, et vice
versa? Tout ce qu'on sait, c'est que l'action des premiers serait
bientôt anéantie, sans le secours des seconds. Ce sont les liqueurs
qui par leur choc éveillent et conservent l'élasticité des vaisseaux,
de laquelle dépend leur propre circulation. De là vient qu'après la
mort le ressort naturel de chaque substance est plus ou moins fort
encore suivant les restes de la vie, auxquels il survit, pour expirer
le dernier. Tant il est vrai que cette force des parties animales peut
bien se conserver et s'augmenter par celle de la circulation, mais
qu'elle n'en dépend point, puisqu'elle se passe même de l'intégrité
de chaque membre, ou viscère, comme on l'a vu.
Je n'ignore pas que cette opinion n'a pas été goûtée de tous les
savants, et que Stahl surtout l'a fort dédaignée. Ce grand chimiste
a voulu nous persuader que l'âme était la seule cause de tous nos
mouvements. Mais c'est parler en fanatique, et non en philosophe.
Pour détruire l'hypothèse Stahlienne, il ne faut pas faire tant
d'efforts que je vois qu'on en a faits avant moi. Il n'y a qu'à jeter
les yeux sur un joueur de violon. Quelle souplesse! Quelle agilité
dans les doigts! Les mouvements sont si prompts, qu'il ne paraît
presque pas y avoir de succession. Or, je prie, ou plutôt je défie
les Stahliens de me dire, eux qui connaissent si bien tout ce que peut
notre âme, comment il serait possible qu'elle exécutât si vite tant de
mouvements, des mouvements qui se passent si loin d'elle, et en tant
d'endroits divers. C'est supposer un joueur de flûte qui pourrait faire
de brillantes cadences sur une infinité de trous qu'il ne connaitrait
pas, et auxquels il ne pourrait seulement pas appliquer le doigt.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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