Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Etre machine, sentir, penser, savoir distinguer le bien du mal, comme
le bleu du jaune, en un mot être né avec de l'intelligence et un
instinct sûr de morale, et n'être qu'un animal, sont donc des choses
qui ne sont pas plus contradictoires qu'être un singe ou un perroquet
et savoir se donner du plaisir. Car, puisque l'occasion se présente de
le dire, qui eut jamais deviné à priori qu'une goutte de la liqueur
qui se lance dans l'accouplement fit ressentir des plaisirs divins,
et qu'il en naîtrait une petite créature, qui pourrait un jour,
posées certaines lois, jouir des mêmes délices? Je crois la pensée
si peu incompatible avec la matière organisée, qu'elle semble en
être une propriété, telle que l'électricité, la faculté motrice,
l'impénétrabilité, l'étendue, etc.
Voulez vous de nouvelles observations? En voici qui sont sans réplique
et qui prouvent toutes que l'homme ressemble parfaitement aux animaux
dans son origine, comme dans tout ce que nous avons déjà cru essentiel
de comparer.
J'en appelle à la bonne foi de nos observateurs. Qu'ils nous disent
s'il n'est pas vrai que l'homme dans son principe n'est qu'un ver,
qui devient homme, comme la chenille papillon. Les plus graves [9]
auteurs nous ont appris comment il faut s'y prendre pour voir cet
animalcule. Tous les curieux l'ont vu, comme Hartsoeker, dans la
semence de l'homme, et non dans celle de la femme; il n'y a que les
sots qui s'en soient fait scrupule. Comme chaque goutte de sperme
contient une infinité de ces petits vers lorsqu'ils sont lancés à
l'ovaire, il n'y a que le plus adroit, ou le plus vigoureux qui ait la
force de s'insinuer et de s'implanter dans l'oeuf que fournit la femme,
et qui lui donne sa première nourriture. Cet oeuf, quelquefois surpris
dans les trompes de Fallope, est porté par ces canaux à la matrice, où
il prend racine, comme un grain de blé dans la terre. Mais quoiqu'il y
devienne monstrueux par sa croissance de 9 mois, il ne diffère point
des oeufs des autres femelles, si ce n'est que sa peau (l'amnios)
ne se durcit jamais, et se dilate prodigieusement, comme on en peut
juger en comparant les foetus trouvés en situation et près d'éclore
(ce que j'ai eu le plaisir d'observer dans une femme morte un moment
avant l'accouchement), avec d'autres petits embryons très proches
de leur origine: car alors c'est toujours l'oeuf dans sa coque,
et l'animal dans l'oeuf, qui, gêné dans ses mouvements, cherche
machinalement à voir le jour; et pour y réussir, il commence par
rompre avec la tête cette membrane, d'oû il sort, comme le poulet,
l'oiseau, etc., de la leur. J'ajouterai une observation que je ne
trouve nulle part; c'est que l'amnios n'en est pas plus mince, pour
s'être prodigieusement étendu; semblable en cela à la matrice dont
la substance même se gonfle de sucs infiltrés, indépendamment de la
réplétion et du déploiement de tous ses coudes vasculeux.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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