French fiction -- 19th century; Short stories, French
--Tu n'es pas le fils de Mateo Falcone! Me laisseras-tu donc arrêter
devant ta maison?
L'enfant parut touché.
--Que me donneras-tu si je te cache? dit-il en se rapprochant.
Le bandit fouilla dans une poche de cuir qui pendait à sa ceinture,
et il en tira une pièce de cinq francs qu'il avait réservée sans
doute pour acheter de la poudre. Fortunato sourit à la vue de la pièce
d'argent; il s'en saisit, et dit à Gianetto:
--Ne crains rien.
Aussitôt il fit un grand trou dans un tas de foin placé auprès de la
maison. Gianetto s'y blottit, et l'enfant le recouvrit de manière
à lui laisser un peu d'air pour respirer, sans qu'il fût possible
cependant de soupçonner que ce foin cachât un homme. Il s'avisa, de
plus, d'une finesse de sauvage assez ingénieuse. Il alla prendre une
chatte et ses petits, et les établit sur le tas de foin pour faire
croire qu'il n'avait pas été remué depuis peu. Ensuite, remarquant
des traces de sang sur le sentier près de la maison, il les couvrit de
poussière avec soin, et, cela fait, il se recoucha au soleil avec la
plus grande tranquillité.
Quelques minutes après, six hommes en uniforme brun à collet jaune,
et commandés par un adjudant, étaient devant la porte de Mateo. Cet
adjudant était quelque peu parent de Falcone. (On sait qu'en Corse
on suit les degrés de parenté beaucoup plus loin qu'ailleurs.) Il
se nommait Tiodoro Gamba: c'était un homme actif, fort redouté des
bandits dont il avait déjà traqué plusieurs.
--Bonjour, petit cousin, dit-il à Fortunato en l'abordant; comme te
voilà grandi! As-tu vu passer un homme tout à l'heure?
--Oh! je ne suis pas encore si grand que vous, mon cousin, répondit
l'enfant d'un air niais.
--Cela viendra. Mais n'as-tu pas vu passer un homme, dis-moi?
--Si j'ai vu passer un homme?
--Oui, un homme avec un bonnet pointu en velours noir, et une veste
brodée de rouge et de jaune?
--Un homme avec un bonnet pointu, et une veste brodée de rouge et de
jaune?
--Oui, réponds vite, et ne répète pas mes questions.
--Ce matin, M. le curé est passé devant notre porte, sur son cheval
Piero. Il m'a demandé comment papa se portait, et je lui ai répondu...
--Ah! petit drôle, tu fais le malin! Dis-moi vite par où est passé
Gianetto, car c'est lui que nous cherchons; et, j'en suis certain, il
a pris par ce sentier.
--Qui sait?
--Qui sait? C'est moi qui sais que tu l'as vu.
--Est-ce qu'on voit les passants quand on dort?
--Tu ne dormais pas, vaurien; les coups de fusil t'ont réveillé.
--Vous croyez donc, mon cousin, que vos fusils font tant de bruit?
L'escopette de mon père en fait bien davantage.
--Que le diable te confonde, maudit garnement! Je suis bien sûr que tu
as vu le[1] Gianetto. Peut-être même l'as-tu caché. Allons, camarades,
entrez dans cette maison, et voyez si notre homme n'y est pas. Il
n'allait plus que d'une patte, et il a trop de bon sens, le coquin,
pour avoir cherché à gagner le maquis en clopinant. D'ailleurs, les
traces de sang s'arrêtent ici.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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