French fiction -- 19th century; Short stories, French
On ne tarda pas à voir le foin s'agiter; et un homme sanglant, le
poignard à la main, en sortit; mais, comme il essayait de se lever en
pied, sa blessure refroidie ne lui permit plus de se tenir debout. Il
tomba. L'adjudant se jeta sur lui et lui arracha son stylet. Aussitôt
on le garrotta fortement, malgré sa résistance.
Gianetto, couché par terre et lié comme un fagot, tourna la tête vers
Fortunato qui s'était rapproché.
--Fils de...! lui dit-il avec plus de mépris que de colère.
L'enfant lui jeta la pièce d'argent qu'il en avait reçue, sentant
qu'il avait cessé de la mériter; mais le proscrit n'eut pas l'air de
faire attention à ce mouvement. Il dit avec beaucoup de sang-froid à
l'adjudant:
--Mon cher Gamba, je ne puis marcher; vous allez être obligé de me
porter à la ville.
--Tu courais tout à l'heure plus vite qu'un chevreuil, repartit le
cruel vainqueur; mais sois tranquille: je suis si content de te tenir,
que je te porterais une lieue sur mon dos sans être fatigué. Au reste,
mon camarade, nous allons te faire une litière avec des branches et ta
capote; et à la ferme de Crespoli nous trouverons des chevaux.
--Bien, dit le prisonnier; vous mettrez aussi un peu de paille sur
votre litière, pour que je sois plus commodément.
Pendant que les voltigeurs s'occupaient, les uns à faire une espèce
de brancard avec des branches de châtaignier, les autres à panser la
blessure de Gianetto, Mateo Falcone et sa femme parurent tout d'un
coup au détour d'un sentier qui conduisait au maquis. La femme
s'avançait courbée péniblement sous le poids d'un énorme sac de
châtaignes, tandis que son mari se prélassait, ne portant qu'un fusil
à la main et un autre en bandoulière; car il est indigne d'un homme de
porter d'autre fardeau que ses armes.
A la vue des soldats, la première pensée de Mateo fut qu'ils venaient
pour l'arrêter. Mais pourquoi cette idée? Mateo avait-il donc quelques
démêlés avec la justice? Non. Il jouissait d'une bonne réputation.
C'était, comme on dit, _un particulier bien famé_; mais il était Corse
et montagnard, et il y a peu de Corses montagnards qui, en scrutant
bien leur mémoire, n'y trouvent quelque peccadille, telle que coups de
fusil, coups de stylet et autres bagatelles. Mateo, plus qu'un autre,
avait la conscience nette; car depuis plus de dix ans il n'avait
dirigé son fusil contre un homme; mais toutefois il était prudent, et
il se mit en posture de faire une belle défense, s'il en était besoin.
--Femme, dit-il à Giuseppa, mets bas ton sac et tiens-toi prête.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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