French fiction -- 19th century; Short stories, French
Elle obéit sur-le-champ. Il lui donna le fusil qu'il avait en
bandoulière et qui aurait pu le gêner. Il arma celui qu'il avait à la
main, et il s'avança lentement vers sa maison, longeant les arbres qui
bordaient le chemin, et prêt, à la moindre démonstration hostile, à
se jeter derrière le plus gros tronc, d'où il aurait pu faire feu
à couvert. Sa femme marchait sur ses talons, tenant son fusil de
rechange et sa giberne. L'emploi d'une bonne ménagère, en cas de
combat, est de charger les armes de son mari.
D'un autre côté, l'adjudant était fort en peine en voyant Mateo
s'avancer ainsi, à pas comptés, le fusil en avant et le doigt sur la
détente.
--Si par hasard, pensa-t-il, Mateo se trouvait parent de Gianetto, ou
s'il était son ami, et qu'il voulût le défendre, les bourres de ses
deux fusils arriveraient à deux d'entre nous, aussi sûr qu'une lettre
à la poste, et s'il me visait, nonobstant la parenté!...
Dans cette perplexité, il prit un parti fort courageux, ce fut de
s'avancer seul vers Mateo pour lui conter l'affaire, en l'abordant
comme une vieille connaissance; mais le court intervalle qui le
séparait de Mateo lui parut terriblement long.
--Holà! eh! mon vieux camarade, criait-il, comment cela va-t-il, mon
brave? C'est moi, je suis Gamba, ton cousin.
Mateo, sans répondre un mot, s'était arrêté, et, à mesure que l'autre
parlait il relevait doucement le canon de son fusil, de sorte qu'il
était dirigé vers le ciel au moment où l'adjudant le joignit.
--Bonjour, frère[1], dit l'adjudant en lui tendant la main. Il y a
bien longtemps que je ne t'ai vu.
[Footnote 1: Buon giorno, fratello, salut ordinaire des
Corses.--_Author's Note_.]
--Bonjour, frère.
--J'étais venu pour te dire bonjour en passant, et à ma cousine Pepa.
Nous avons fait une longue traite aujourd'hui; mais il ne faut pas
plaindre notre fatigue, car nous avons fait une fameuse prise. Nous
venons d'empoigner Gianetto Sanpiero.
--Dieu soit loué! s'écria Giuseppa. Il nous a volé une chèvre laitière
la semaine passée.
Ces mots réjouirent Gamba.
--Pauvre diable! dit Mateo, il avait faim.
--Le drôle s'est défendu comme un lion, poursuivit l'adjudant un peu
mortifié; il m'a tué un de mes voltigeurs, et, non content de cela,
il a cassé le bras au caporal Chardon; mais il n'y a pas grand mal,
ce n'était qu'un Français... Ensuite, il s'était si bien caché, que le
diable ne l'aurait pu découvrir. Sans mon petit cousin Fortunato, je
ne l'aurais jamais pu trouver.
--Fortunato! s'écria Mateo.
--Fortunato! répéta Giuseppa.
--Oui, le Gianetto s'était caché sous ce tas de foin là-bas; mais mon
petit cousin m'a montré la malice. Aussi je le dirai à son oncle le
caporal, afin qu'il lui envoie un beau cadeau pour sa peine. Et son
nom et le tien seront dans le rapport que j'enverrai à M. l'avocat
général.
--Malédiction! dit tout bas Mateo.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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