French fiction -- 19th century; Short stories, French
On s'assit, et un matelot qui savait un peu la langue yolofe[2],
servit d'interprète. Les premiers compliments de politesse échangés,
un mousse apporta un panier de bouteilles d'eau-de-vie; on but, et le
capitaine, pour mettre Tamango en belle humeur, lui fit présent d'une
jolie poire à poudre en cuivre, ornée du portrait de Napoléon en
relief. Le présent accepté avec la reconnaissance convenable, on
sortit de la case, on s'assit à l'ombre en face des bouteilles
d'eau-de-vie, et Tamango donna le signal de faire venir les esclaves
qu'il avait à vendre.
[Footnote 2: *langue yolofe*. The Wolof (or Jolof) language, spoken
by the Nigritic nation of French Sénégal. It is regular and rich in
grammatical forms, but occupies a rather isolated position.]
Ils parurent sur une longue file, le corps courbé par la fatigue et la
frayeur, chacun ayant le cou pris dans une fourche longue de plus de
six pieds, dont les deux pointes étaient réunies vers la nuque par une
barre de bois. Quand il faut se mettre en marche, un des conducteurs
prend sur son épaule le manche de la fourche du premier esclave;
celui-ci se charge de la fourche de l'homme qui le suit immédiatement;
le second porte la fourche du troisième esclave, et ainsi des autres.
S'agit-il de faire halte, le chef de file enfonce en terre le bout
pointu du manche de sa fourche, et toute la colonne s'arrête. On juge
facilement qu'il ne faut pas penser à s'échapper à la course, quand on
porte attaché au cou un gros bâton de six pieds de longueur.
A chaque esclave mâle ou femelle qui passait devant lui, le capitaine
haussait les épaules, trouvait les hommes chétifs, les femmes trop
vieilles ou trop jeunes et se plaignait de l'abâtardissement de la
race noire.
--Tout dégénère, disait-il; autrefois c'était bien différent. Les
femmes avaient cinq pieds six pouces de haut, et quatre hommes
auraient tourné seuls le cabestan d'une frégate, pour lever la
maîtresse ancre.
Cependant, tout en critiquant, il faisait un premier choix des noirs
les plus robustes et les plus beaux. Ceux-là, il pouvait les payer
au prix ordinaire; mais, pour le reste, il demandait une forte
diminution. Tamango, de son côté, défendait ses intérêts, vantait
sa marchandise, parlait de la rareté des hommes et des périls de la
traite. Il conclut en demandant un prix, je ne sais lequel, pour les
esclaves que le capitaine blanc voulait charger à son bord.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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